FAMILLE DE F. DE LOBÉRAN
le ministère en 1679 : il avait quatre-vingt-deux ans. Son père était mort à quatre-vingts. Un de ses fds avait été pasteur à Calais. Ainsi depuis Joachim, quatre générations de pasteurs de cette même famille ont *été en fonctions depuis l'organisation des Eglises réformées au milieu du xvie siècle jusqu'à la veille de leur destruction en 1685 l.
Après la Révocation, une fdle de Maurice, Suzanne de Lobéran — héritière de la Bible d'Henri IV ■— se réfugia en Hollande avec son mari François de Morogues, seigneur de la Salle. Ils vendirent alors (18 mai 1688) leurs terres d'Ablon au président le Pelletier -\
Avant de quitter la famille Lobéran nous pouvons maintenant nous représenter plus exactement la physionomie de François de Lobéran, certainement la personnalité la plus marquante dans ces trois ou quatre générations. Le voici dans sa vie privée, entouré de sa famille, de ses enfants non encore mariés, des frères et sœurs de sa femme, de quelques amis plus intimes, bourgeois idsés, les Arnaud, les Lhoste, tantôt dans sa maison du faubourg Saint-Germain donnant sur une ruelle assez obscure près de la porte de Nesle, mais non loin de la Seine ; tantôt dans son caste] d'Ablon, petit seigneur surveillant ses fermiers, ses paysans, voisinant avec d'autres protestants parisiens qui ont aussi des terres en Ile de France : les Mercier à Grigny, les Mornay au Plessis-
Judith de Laubéran, fille de Maurice, alors encore pasteur à Sentis, épouse Henri Drelincourt, pasteur à Fontainebleau (Fr. prot., V, 497).
1. Sur l'établissement de cette chronologie voir nos articles dans le B. h. p., 1901, p. 175, 390 ; cf. Fr. prot., 2e éd., V, 1024 et 609 ; B. h. p., 1853, p. 252 ; 1859, p. 441 ; 1862, p. 413 ; Rossiek, Hist des prolest, de Picardie, p. 151 ; Daullé, Réforme à St-Quentin, p. 156. Tandis que le père était métamorphosé en Louperaut (voir ci-dessus) le fils est dédoublé en Lauberant et Dablon de Montigny (Quick, Sijnodicon, II, p. 387 ; cf. p. 565 ; ailleurs (I, 232), il l'appelle T) élever eau) . Un « Maurice de Laubéran, fils de M. de Montigny, ministre de la parole de Dieu en l'Eglise réformée de Paris » esl inhumé à Paris le 23 janvier 1626 ; nous supposons qu'il faut lire du Plesxis dans ces yctes « fort brouillés et difficiles à déchiffrer » (B. h. p., 1863, j). 279) ; le 18 juin 1639 est inhumé « Gabriel de Lobéran, fils de .M. Maurice de Lobéran, ministre de la parole de Dieu, et de damoi selle .Marie de Gorris. » (p. 283) : or c'est le prénom que MM. Read et Coquerel attribuent au pasteur de Calais en 1659 (B. h. p., 1860, p. 195 ; 1866, p. 473 ; cf. Quick, Sijnodicon, II, 565).
2. B. h. p., 1891, p. 346 ; 1901, p. 319. Une première Suzanne avait été enterrée à Paris en 1643 à l'âge de deux ans. {B. h. p., 1863, p. 370».
Maiiy, les Gorris en Hurepoix..., la fille du procureur général en la cour des monnaies épousera bientôt Maurice de Lobéran. Entouré de considération, depuis longtemps connu et apprécié du roi, jouissant d'une belle aisance, il put après les orages des guerres de religion, passer dans un calme relatif la dernière partie de sa vie, ces années qui suivent l'Edit de Nantes, alors qu'il était âgé de plus de soixante ans.
Comme orateur il est difficile de se rendre compte de ce que valait Lobéran, faute de posséder aucun de ses serinons. Casaubon dit bien qu'il l'a entendu « avec satisfaction, » mais c'est parce qu'il prêche « fidèlement et doctement la parole de Dieu 1. » Evidemment le fond de sa prédication était très orthodoxe au point de vue calviniste : Calvin même, dont il a pu entendre les dernières leçons, avait marqué de sa puissante empreinte, et pour toute leur vie, ces jeunes pasteurs qu'il envoyait « comme des llèches » aux Eglises de France ; et, dans la mêlée, ils n'avaient plus guère le temps, au xvie siècle, de poursuivre beaucoup leurs études de théologie, comme le firent leurs successeurs du xvii0 siècle.
Quant à la forme, la prédication de Lobéran paraît avoir été moins remarquable que celle de plusieurs autres pasteurs parisiens, si l'on en croit un couplet du P. Garasse : il se rapporte, il est vrai, aux toutes dernières années du prédicateur septuagénaire :
« Pour Montigny, qui vous gouverne, » C'est un vent glacé de galerne 2. »
Comme écrivain il nous est également difficile de l'apprécier, car non seulement il n'a pas laissé de serinons imprimés, mais, contrairement à ses collègues du xvne siècle, il n'a publié aucun ouvrage de controverse. Nous ne connaissons de lui que de petits écrits de circonstance, d'un caractère polémique il est vrai, et par conséquent d'un style assez véhément, mais sans rien de très