SERMONS ET CARACTÈRE DE LOBÉRAN
original 1 où la part personnelle de Lobéran, agissant au nom du Consistoire, est même, parfois, difficile à dégager -.
Lorsque nous étudierons la controverse, nous verrons que Lobéran n'y occupait pas l'un des premiers rangs ; inhabile à manier les syllogismes, il était, quant à la forme, déclaré par les adversaires tout à fait incapable de soutenir une discussion régulière, et quant au fond, sa théologie un peu massive ne pouvait s'accommoder des subtilités alors à la mode. Nous verrons donc son jeune collègue Du Moulin le suppléer d'abord et tout à fait le remplacer ensuite, comme champion de l'Eglise réformée dans les controverses 3.
Mais si les travaux de cabinet et les débats théologiques n'étaient point son affaire, il était bien qualifié pour les autres devoirs du ministère pastoral à cette époque.
Dans toute sa vie publique ce fut un homme énergique : comme naguère sur les champs de bataille nous l'avons trouvé après 1594 toujours à son poste, partout où le devoir l'appelle. Un an avant l'Edit qui permettra aux ministres * de consoler les condamnés à mort, mais « sans faire prières en public, » un gentilhomme « était entre les mains du bourreau. » Montigny, alors en fonctions près de Madame, entre au Chàtelet et « l'exhorta en présence de tout le peuple ; et après fist les prières tout haut, auxquelles la plupart se mirent à genoux, escoutant attentivement... Cas vraiment estrange, remarque l'Estoile, de dire qu'un ministre, à Paris, ait osé entrer dans le Chastelet pour y faire les prières publiquement. »
Il avait acquis naturellement, par cette fermeté de caractère, une grande autorité. Pendant et après les troubles il fut souvent investi de fonctions délicates auprès du roi, de Madame, des Eglises : député des protestants de Paris en de nombreuses assemblées, soit politiques (Mantes 1593, Saumur 1595), soit ecclésiastiques (Saumur 1596, Montpellier 1598, Gap 1603, La Rochelle 1607), plusieurs fois modérateur (président) de synodes provinciaux et nationaux. En diverses circonstances il est désigné
1. Nous avons cité déjà • l'avertissement aux fidèles » sur la déposition de Cayer (in-12, 1595).
2. Ainsi la Défense de l(( confession des Eglises réformées où le nom de Lobéran, deux ans avant sa mort, ne figure peut-être que pour la forme avec ceux de ses collègues (1617 ; Fr. prot., 2" éd., V, 1024),
'.\. Ci-après, chapitre V.