‹ L'Église réformée de Paris sous Henri IVChapitre 13 sur 558 · PREMIERS LIEUX DE CULTE · texte numérisé non relu

PREMIERS LIEUX DE CULTE

en dedans des murs un grand bâtiment : peut-être la Sorbonne, cl du même côté, en dehors des murs, près d'une maison en ruines, un soldat brisant sa lance et lapidant quelques personnes en prières auprès d'un agneau. Ce groupe de premier plan est entre les faubourgs Saint-Jacques et Saint-Victor, et la maison brûlée est peut-être le « patriarche » *.

De 1564 à 1572 les registres d'éçrou de la Conciergerie du Palais 2 renferment les extraits des nombreuses poursuites exercées à cette époque contre les huguenots. Parmi eux figure « Phelipes de Gastines, marchant et bourgeois de Paris, natif de Paris et y demourant rue Sainct-Denys ; » il est relâché une première fois le 4 avril 1568, mais le 30 juin 1569 le Parlement le condamne à être pendu et étranglé en place de Grève, ainsi que son fils Richard 3. Leur crime était d'avoir fait faire « presches, assemblées et Cènes » dans leur maison qui avait pour enseigne Aux cinq croix blanches, près Sainte-Opportune. Cette maison lut, par ordre de la cour « rompue, démolie et rasée ; » sur l'emplacement on planta une croix de pierre de taille, au pied de laquelle, sur un tableau de cuivre, on inscrivit les motifs de l'arrêt, en lettres d'or 4. Cette « Croix de Gastine » resta longtemps un motif d'humiliation pour les protestants parisiens, même après que Coligny eut obtenu en 1570 son transfert à lentrée du cimetière des Innocents.

Paris devient la capitale de la Ligue, et « l'isle de Ruach », comme la décrit la Satire Ménippée, est pitoyablement ruinée

l'est se trouve à gauche, et l'ouest à droite. Il faut regarder l'estampe dans une glace pour bien faire les observations ci-dessus.

1. C'est de ce côté là aussi qu'en septembre 1590 les soldats de Henri de Navarre étaient venus planter leurs échelles « dans le fossé entre la porte de Saint-Jacques et celle de Saint-Marcel » ; les Jésuites, qui avaient leur collège vers ce quartier là, avaient été les premiers en armes sur la muraille ; ils donnèrent l'alarme si chaudement que les corps de garde voisins accoururent, et les royaux se retirèrent » (P. Cayet, Chronologie novénaire, 1608, t. I, p. 380 verso).

2. Quatre in-folio échappés aux incendies de 1871 et conservés aux archives de la préfecture de police. Extraits publiés d'après les copies de M. Bordier dans le B. h. />., 1901. p. 575 et suivantes.

3. Loc. cit., p. 640 ; et Cbespin, Histoire des martyrs, édition de 1597, f° 701 verso.

4. » On voyait encore en 1856 entre les n'" 75 et 77 de la rue Saint-Denis un espace vide, emplacement de la maison de Gastine » (DOUEN, l'.nci/cl. des se. rel., t. XII, p. 781).

C'est alors qu'après bien des luttes de conscience on vit s'éloigner

des hommes tels que B. du Cerceau (décembre 1585) : « il aima mieux quitter l'amitié du roi et renoncer à ses promesses que d aller à la messe, et, après avoir laissé sa maison qu il avoit nouvellement bâtie..., il prit congé du roi, le suppliant ne trouver mauvais qu'il demeurast fidèle au service de Dieu, qui estoit son grand maistre, comme il l'avoit esté au sien, en quoi il persevereroit jusques à la fin de sa vie 1. » La belle demeure élevée entre la rue des Marais et la rue du Colombier fut dévastée,

comme beaucoup d'autres Quelques années plus tard elles

seront restaurées, car, ballottée par tant de tempêtes, la nef de l'Eglise réformée ne devait pas sombrer ; elle aurait pu prendre pour devise celle qu'on lit autour des armes de la ville même : Fluctuai nec mergitur. D'ailleurs au xviii" siècle elle trouvera le nom qui lui aurait convenu dès le XVIe : l'Eglise sons le croix.

1. L'Estoile, Registre-journal de Henri 111, éd. Michaud, p. 193.

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