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LE TYPE DU FIDÈLE RÉFORMÉ

Nous parlerons plus loin de ce qui concerne le soin des pauvres, confié aux « diacres ; » dès les origines de l'Eglise de Paris ils avaient eu leur règlement, en notable avance sur les idées du temps en fait d'assistance publique (1561) *. Sans doute au début du xviie siècle ils avaient recommencé à s'assembler à Paris au logis d'un d'entre eux, « l'un après l'autre par tour, » presque chaque semaine.

Peut-être plusieurs des personnages nommés ci-dessus étaientils diacres. En tout cas Ferreur est qualifié (sur un acte de 1606 2) « procureur gérant et négotiant les affaires des pauvres de l'Eglise réformée en ceste ville de Paris. »

Les protestants habitant en plus grand nombre les faubourgs de la rive gauche, les anciens et diacres étaient aussi plus nombreux de ce côté là. Pendant la semaine chacun veillait dans son quartier, en cas de besoin, sur les intérêts des membres de l'Eglise. Et le dimanche ils étaient certainement des premiers à venir au temple, s'asseoir sur le banc à haut dossier qui leur était réservé dans le temple, au pied de la chaire.

§ 2. Le type du fidèle : Casaubon

Comment eux et leurs coreligionnaires faisaient-ils ce trajet ? dans quels sentiments graves et joyeux se trouvaient-ils réunis par centaines ? Comment le tout petit village, si paisible les autres jours, se trouvait-il envahi le dimanche par la foule des protestants parisiens ? C'est ce que nous apprend, avec maint détail pittoresque, un document de premier ordre, digne de toute confiance, car il émane à la fois d'un lettré délicat et d'un chrétien fervent, aimant observer choses et gens, et noter ses impressions dans ses Ephémérides : Isaac Casaubon ■">.

D'une famille gasconne réfugiée à Genève pendant les troubles, fils d'un pasteur qui avait pu connaître en Dauphiné Lobéran et

1. « Police et ordre gardez en la distribution des deniers aumosnez, etc. » plaquette de 1562 reproduite dans le B. h. p., 1852, p. 255.

2. Min. François, 1606, fol. 64. M. Nazelle a publié en 1897 une étude sur J. Casaubon, sa nie et son temps, in-12.

3. Edition Hussell, Oxford, 2 vol. in-8°, 1850. Comme lettres inédites fort intéressantes nous citerons celles adressées de 1601 à 1609 par Casaubon a son ami Perillau de Sedan qui devint en 1603 son beau-frère. Elles sont émaillées de mots grecs et latins et de nombreuses abréviations (Bib. h. pr.).

ses parents maternels, Casaubon s'était allié à une illustre famille parisienne et protestante en épousant (1586) la fille du savant imprimeur H. Estienne (qui mourut en 1598). Comme Couët il eut dix-neuf enfants, et le devoir d'assurer leur existence matérielle fut un sujet de fréquent souci pour le pauvre père qui, personnellement, aurait volontiers vécu de privations à condition de pouvoir étudier ses chers livres et manuscrits. Il avait appris après la Saint-Barthélémy, dans une caverne, les premiers rudiments du grec, et était devenu l'un des plus érudits hellénistes qui furent jamais.

En 1596 il avait été nommé professeur à Montpellier. Ayant entendu parler de sa science, Henri IV le fait amener à Paris en 1598 par M. de Vicq, et bientôt après il lui écrit : « Ayant délibéré de remettre sus l'Université de Paris et d'y attirer pour cest elTect le plus de savans personnages qu'il me sera possible, sachant le bruit que vous avez d'estre aujourd'huy des premiers de ce nombre, je me suis résolu de me servir de vous pour la profession des bonnes lettres en ladite Université, et vous ay à cette fin ordonné tel appointement que je m'asseure que vous vous en contenterez 1. »

Malgré ces promesses, Casaubon hésite, puis tarde à venir - ; ie roi s'impatiente et écrit à Sully (peu favorable semble-t-il, aux études grecques et à leur représentant) : « Faites donner au sieur Casaubon des moyens pour s'entretenir à Paris et y faire amener sa famille, car je l'y ay fait venir pour remettre l'Université de Paris et la faire refleurir, non pour estre près de moy 3. »

A peine arrivé à Paris (6 mars 1600) le pauvre savant apprit que les Jésuites circonvenaient le roi pour l'empêcher de donner

1. 3 janvier 1599. British Muséum, mss. Burney 367, 77 (Lettres missives d'Henri IV, t. V, p. 80) : « A Monsr de Casaubon, professeur es lettres humaines. »

2. Il était en route cependant lorsque Th. de Bèze lui écrivit de Genève le 29 août 1599 « à Lyon chez Mgr de Vie » : « priant nostre bon Dieu de vous vouloir amener et conduire au lieu où vous estes maintenant appelé » (B. h. p., 1887, p. 78).

3. De Monceaux, le 29 septembre 1599 (Œconomies royales, t. I, p. 320, édition Michaud). Dès le 9 octobre 1598 Henri IV écrivait à Rosny : « je suis bien aise que vous ayés pourveu à ce que le sr de Casaubon aye de quoy amener sa famille à Paris ; quant à pour sa pension, j'y adviseray lorsque vous serés près de moy » (Lettres missives, t. V, p. 46).

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