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CASAUBON A PARIS

à un hérétique la chaire promise. Il ne devint en effet jamais professeur à l'Université, mais « sous-maître de la librairie du roi i „ et — en 160(5 seulement — bibliothécaire en titre avec un traitement annuel de 400 écus.

Deux mois après son arrivée, mandé à Fontainebleau par le roi -, comme l'un des cinq commissaires chargés d'assister à la conférence entre Mornay et du Perron, il fut saisi de nouvelles hésitations, et ne partit que sur le conseil formel de Du Moulin. Pendant la discussion sa conscience fut en proie à toutes sortes de troubles, car il était également opposé au papisme et au calvinisme intransigeant. Pendant dix années de séjour à Paris, il va résister aux efforts constants des catholiques pour le convertir 3, et cependant rester suspect aux protestants, parce qu'il déclare leur doctrine et leur discipline insuffisamment d'accord avec celles des Pères de l'Eglise : en religion comme en philologie l'antiquité avait toujours sur sa pensée extrêmement scrupuleuse une grande autorité. Ses lettres et ses Ephéméridcs nous font pénétrer dans l'intimité de sa vie ; souvent on y saisit sur le vif la trace de luttes émouvantes entre un cœur plein de courage et un esprit rempli de craintes. Mais pas un instant on ne cesse d'avoir le désir ardent de rester ferme dans la foi. A tout propos, au milieu du récit des événements quotidiens, jaillit une prière : « O mon Dieu, jamais tu ne permettras que je change de sentiment ! Délivre-moi, ô Père, du grand péril qui me menace par la nécessité où je suis de fréquenter certains personnages dont j'ai les desseins en abomination... O Seigneur, quand regarderas tu ton Eglise pour la guérir de tant d'erreurs ! Heureux ceux qui verront ces jours ! En attendant, rends-moi ferme pour résister a toutes les tentations 4 ! »

1. Chauffepié, Dictionnaire, v" Casaubon, dit que ce fut à la fin de 1603.

2. Lettres missives d'Henri IV, t. V, p. 228 (28 avril 1600).

3. « Tant que j'ai été à Paris j';ii eu à résister presque chaque jour aux offres séduisantes de la fortune qui venait d'elle-même au-devant de moi. Clément VIII voulut m'attirer à Rome, etc. » B. h. p., 1865, p. 276.

4. Le 25 octobre 1604 il écrit de Taris à Du Plessis (Mémoires de Mornay, édition Elzevier, Amsterdam, 1652, t. I, p. 664) : « Plus je vais en &&%»., tant moins prens de plaisir à la curieuse recherche des choses qui ne concernent le salut de mon âme. Et toutes fois telle est ma condition qu'il me faut nécessairement y mettre la plu spart de mes estudes... Les ;iss:uix que je soustiens en ce lieu tous les jours pour ma religion me font juger toul temps perdu que je n'emploie à de meilleures études. »

Lui qui était avant tout homme de cabinet, il se trouve ainsi en relations forcées avec le roi, avec les savants, avec les prêtres catholiques ; sa curiosité et sa largeur d'esprit le portent, d'autre part, à frayer avec les théologiens protestants qui seront bientôt officiellement déclarés hétérodoxes au point de vue du calvinisme strict : ce sont plutôt des étrangers, le Silésien Tilenus dont nous avons déjà parlé et qu'il appelle « nostre bon ami *, » le Hollandais Uitenbogaert que nous rencontrerons plus tard 2. Mais ces tendances ne l'empêchent nullement d'être, surtout au début, en bons termes avec les pasteurs de Paris, et de rester pendant tout son séjour, un des auditeurs les plus assidus au culte dominical.

Toutes ces considérations font des Ephémérides une mine de renseignements aussi précieuse pour notre étude que le Journal de l'Estoile : ils se complètent même, parfois, admirablement, l'un décrivant la vie de l'Eglise réformée pour ainsi dire vue du dehors, et l'autre, vue du dedans.

La sollicitude affectueuse pour les siens, le tendre attachement à ses parents et à ses amis, sont un des traits touchants de son caractère. Ainsi, dans une lettre inédite qui me paraît dater de novembre 1601, il écrit à son cher Perillau •", après une grave maladie de Madame Casaubon : « A grand peine avois-je respiré de ceste immense douleur que je reçois lettres de la mort de ma feu bonne sœur Sara mariée à M. Chabanes. Ceste nouvelle m'a affligé encores, non tant pour la perte d'une bonne sœur, laquelle je sçai estre très heureuse, que pour voir ma mère, qui estoit retirée avec ma sœur, destituée aujourd'hui de tout solas [consolation] humain, esloignée de sa fille ma sœur qui est à Genève, et encore plus de moi, misérable qui meurs de regret de ne luy servir non plus vif que mort, à cause de la distance des lieux, et parce que Bourdeaux i est hors de tout passage, tellement que j'ai

1. Casaubon à Périllau, de Paris, 8 déc. 1601 (Antogr. à la Bibl. h. prot.) : « Je laisse à M. Tileng, nostre bon et commun ami, à vous dire plus amples nouvelles de par deçà... ». « Je n'ay receu dès longtemps plus de contentement que m'a apporté la venue du sr Tileng en ce pays. »

2. Casaubon lui expose p. ex. en 1610 son penchant à préférer certaines doctrines des Pères de l'Eglise à celles des réformateurs (Prœstanlium viror. epist. p. 250, cité par Chauffepié, Dict., t. IV, p. 646, note K, v° Utenbogaert).

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