EXERCICES DE PIÉTÉ DANS LA FAMILLE
les psaumes ; on les chantait (comme au temple d'ailleurs) sans accompagnement d'aucun instrument, et encore, pour plus d« sûreté, après avoir bien fermé la porte. « Faites, écrivait Du Moulin, qu'en vos familles la prière soit comme le parfum du soir et du matin. Il faut que vos familles soient des petites Egh ses, et vos maisons comme de petits temples où Dieu est soigneusement servi 1. »
Aux grandes Bibles in-folio publiées en ce temps là est souvent joint, avec les psaumes, « l'exercice du père de famille et de tous ses domestiques pour prier au matin, devant que de dormir etc.. » C'est le cas, par exemple, pour un bel exemplaire, très usagé, donné par Du Plessis-Mornay lui-même à sa fille -, avec cette inscription : « L'Eternel est la force de ma vie, de qui aurai-je fraieur ? » Beaucoup de familles, de toute condition, possédaient en outre l'Institution chrétienne, qui jouissait d'une autorité dont nous avons peine à nous faire une idée. En 1601 un auteur catholique, consacrant tout un gros ouvrage à combattre celui-là, en parle ainsi : « On la considère comme la plus belle des perles évangéliques, comme un trésor tombé du ciel. Depuis le conseiller de la cour suprême jusqu'aux cochers et aux bateliers, tous sont versés dans la théologie calviniste, tous relisent jour et nuit cette Institution dorée 3. »
Pour manifester publiquement leurs convictions religieuses les hommes de ce temps étaient prêts à supporter bien des voyages pénibles, bien des dépenses, et même bien des dangers. Il en était ainsi dans toutes les Eglises. Lorsque le pape, en 1600, fit célébrer le jubilé, il se trouva trois cent mille Français « de l'un et l'autre sexe » pour aller, par delà les Alpes et les mers, jusqu'à Rome 4. »
Il fallait un temps d'hiver exécrable pour réduire l'auditoire d'Ablon à trente personnes seulement, un dimanche de février
l'âge au commencement du siècle, Daillé lui parle des « saints exercices de piété par lesquels vous vous préparez tous les jours, et où la lecture de ces sermons peut treuver lieu. »
1. Epître à ses fils, en tète de la VIII" Décade de, Sermons, 1648.
2. Bib. h. prot, et B. h. p., 1852, p. 203. C'est l'édition de la Rochelle, 1606. par les héritiers de Hiérosme Hautin : « La Bible etc., item les psaumes cl cantiques et aine les prières ecclésiastiques » (maroquin rouge, tr. dorée).
3. SCHULT1NGIUS, Bibliolbeeiv eatholieie loin. I contra I. Inslil. Joan. Caloini ; Cologne, 1601, p. 7 ; cf. II, p. 487, et III, épitre dédicatoire.