‹ L'Église réformée de Paris sous Henri IVChapitre 15 sur 558 · Mémoires de Sully, II · texte numérisé non relu

Mémoires de Sully, II

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Tout a été dit sur la portée de son abjuration. Il est permis de penser qu'Henri IV ne serait pas devenu le grand roi qu'il a été si, même après son abjuration, il ne s'était souvent ressenti de son éducation huguenote. Deux historiens déjà un peu anciens ont tracé incidemment de lui des portraits dont la justesse n'a pas été surpassée : « Il avait, dit Aug. Thierry *, une intelligence universelle, un esprit souple et pénétrant, des résolutions promptes et une fermeté inébranlable dans ce qu'il avait résolu. A la sagesse des hommes pratiques, à cet instinct qui va droit à l'utile et au possible, qui prend ou rejette sans prévention et sans passion, il joignait la séduction des manières et une grâce de propos inimitable. Ses hautes vertus, mêlées d'étranges faiblesses, ont fait de lui un type unique de roi à la fois aimable et imposant, profond de sens et léger de goûts, plein de grandeur d'âme et de calcul, de sympathie pour le peuple et d'orgueil de race, et toujours, et avant tout, patriote admirable. »

Quant à son attitude religieuse, M. Anquez l'a fort bien décrite ainsi : « Elevé par sa nature au-dessus de l'esprit de secte et de parti, Henri IV ne recherchait point le triomphe exclusif de la foi catholique ou du protestantisme. Esprit pratique il ne nourrissait pas l'espoir chimérique du prochain rétablissement de l'antique unité religieuse par la voie d'un concile national. Mais, s'il était bien résolu à garantir aux personnes l'entière liberté de conscience, il comprenait parfaitement qu'il ne pouvait faire aux religions une situation égale -. »

Henri IV, dans l'Edit de Nantes, accorde beaucoup de points aux réformés, parce qu'ils sont une imposante fraction de ses sujets ; il ne leur accorde pas certaines autres choses qu'ils réclamaient, parce qu'ils ne sont qu'une minorité. Ainsi s'expliquent, entre autres, les clauses relatives aux protestants parisiens.

A défaut de recensement complet, il est impossible de savoir exactement combien il existait alors de Français, de Parisiens, et, parmi eux, combien de protestants3. Voici une statistique intéressante, malheureusement consignée dans un document très

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