LES NOUVELLES RECRUES
On baptisa aussi à Ablon des Juifs, par exemple un homme d'environ trente-cinq ans, « Abraham » Ariel, auquel ce prénom est conservé K La conversion des Juifs était précisément la principale préoccupation d'un protestant qui, en allant à Ablon, se noya à Choisy-le-Roi en 1603. Il se nommait Frégeville et pour réaliser sa « noble tâche » avait séjourné à Francfort et à Venise. C'était un ami tout à la fois de Casaubon et de l'Estoile -.
De ces baptêmes d'adultes est à rapprocher celui d' « un jeune homme âgé de vingt-cinq à vingt-six ans qui n'avoit encores esté baptisé, pource que son père et sa mère estoient anabaptistes-. »
Ces adhésions montrent l'Eglise réformée de Paris exerçant une puissance d'attraction sur des individus appartenant à des milieux très divers ; mais il ne s'agit là que d'individus isolés, pour ainsi dire déracinés. Infiniment plus nombreuses et plus importantes sont d'autres adhésions à cette Eglise protestante qui était une minorité proportionnellement considérable, mais enfin une minorité : ce sont celles qui proviennent de compatriotes et concitoyens sortant de la majorité catholique au milieu de laquelle vivaient les réformés.
Encore le nombre de ceux qui font le pas décisif et changent d'Eglise est-il peu considérable, comparé à la quantité d'esprits indépendants et cultivés qui, au sein de l'Eglise romaine, ont subi inconsciemment l'influence des idées nouvelles. Le catholicisme français doit certainement au voisinage du protestantisme une largeur qui ne se retrouve pas ailleurs et qui prévaut quelque temps en France, surtout à Paris dans le voisinage de Henri IV et de Sully, en certains milieux catholiques, au commencement du xviie siècle.
Ainsi on lisait la Bible dans beaucoup de familles catholiques de la capitale, en dépit des prescriptions du concile de Trente, et le pasteur parisien Drelincourt écrira à ce sujet : « Si ces règlements ne s'observent point en France, ce n'est pas que Rome ait changé ses lois, mais c'est que plusieurs François ont secoué ce joug et que leurs plus sages conducteurs le trouvent insupporta-
1. Registres, 16 juillet 1603 (/*. h. p., 1872. p. 225 ; 1891, p. 351 : cf. l'Es- TOILE, Journal, p. 353, à cette date.