ABJURATIONS DE MOINES
tir, une attestation de son supérieur, comme il s'est toujours bien et honnestement gouverné et sans reproche, et donnant à entendre qu'il vouloit aller parler quelque part. »
A Pentecôte 1605, encore un cordelier, Bertrand d'Avignon, bachelier en première licence, et présenté le premier dudict ordre en la Faculté de théologie et Sorbonne, » déduit, dans une déclaration publique dont le texte nous est parvenu, « les raisons qui l'ont meu de quitter la religion romaine » depuis un voyage en Italie, à travers quatre années de « peines et travaux indicibles. » Il n'y en a pas moins de trente-cinq pages, et il semble qu'elles furent lues non seulement au Consistoire, mais « en l'assemblée des fidèles 1. »
Du côté des laïques, parmi les premières et plus notables abjurations reçues à Ablon dès Pâques 1600, celle de Gilles de Maupeou, seigneur d'Ableiges et de la Villeneuve, intendant des finances -, qui bientôt, avec une ardeur de néophyte, contribuera puissamment au transfert du culte dans un lieu plus rapproché de Paris 3. Fonctionnaire intègre, il était fort apprécié d'Henri IV et de Sully 4, et servit d'intermédiaire entre eux et les réformés dans diverses questions d'administration financière '•. Ce devien-
1. Bibl. hist. prot. (papiers Ch. Read). Extraits publiés dans le B. h. p., 1854, p. 153 à 156. Il partit aussitôt pour étudier à Genève, et devint pasteur à Rennes.
2. L'Estoile, Journal, 11 avril 1600 (édition Read, t. III, p. 215). Ableiges est un village au bord de la Viosne, au nord-ouest de Pontoise, et un peu à l'est d'Avernes où se trouvait un temple.
3. Fils d'un notaire au Chàtelet, il épousa la fille d'un secrétaire du roi, Morely (Bibl. de l'Arsenal, ms. 5034, f. 435, Principales familles de Paris).
4. Lettre d'Henri IV à Sully, 29 sept. 1599 ((Economies roijales, I, xcv) : le roi approuve son ministre d'avoir confié à Maupeou un mémoire important : « Je lui escrits le contentement que j'ay de son service par la lettre cy incluse que je vous envoie pour lui faire tenir. »
5. En 1603 il est « commissaire député pour voir les comptes de M. Pâlot » (autre protestant) : Henri IV à Sully, 1er mars 1603 (Œconom. roy., I, cxm ; en 1607 l'un des quatre commissaires chargés d'examiner les cautionnements des receveurs des consignations des Parlements de Paris et de Bordeaux (/'/>., t. II, p. 192) ; en 1608, avec M. de Chàteauneuf, comme membres du conseil d'Etat de service pendant le premier trimestre, ils reçoivent les réclamations du pasteur Charnier au sujet de l'application de l'Edit en Dauphiné (Journal de Chamier, B. h. p., 1853, p. 434) ; un peu plus tard ils sont choisis, avec un troisième conseiller, par Sully, et reçoivent, avec l'approbation du roi, la mission de préparer le recouvrement de diverses
(Ira un grand personnage, conseiller d'Etat, contrôleur général des finances ' ; les pasteurs de Paris lui dédieront leurs œuvres2, et Du Moulin s'adresse ainsi à son ancien paroissien alors très âgé (1636) :
« Je ne me souviens jamais du temps auquel je servois à Paris au ministère de l'Evangile que vous ne reveniez à ma mémoire... Je me représente les jours esquels la douceur de vostre conversation et les tesmoignages de vostre bienvueillance m'estoyent un encouragement. Alors vous estiez élevé es grandes charges et vaquiez avec fidélité et intégrité aux plus importantes affaires du royaume. Mais Dieu, qui vous a tousjours conduit par la main, vous en a deschargé avec louange, et vous a donné un repos avec honneur. Vous ressouvenant de fort loin et ayant passé par tant d'orages et de confusions, rien ne peut avenir qui vous soit nouveau. Cette heureuse constitution d'esprit qui conserve sa tranquillité parmi les tempestes sert à soustenir si longtemps vostre corps en vigueur et vous a fait parvenir à un aage auquel les plus désireux de vivre n'espèrent point d'atteindre... Après la journée employée en bonnes actions vous vous endormez doucement sur la Providence de Dieu. La lecture et les sainctes méditations sont vostre occupation ordinaire : je vous dédie quelques prédications, d'une partie desquelles vous avez esté auditeur. »
La famille du pieux vieillard retourna au catholicisme, mais si l'un de ses petits-fils est le surintendant Fouquet trop célèbre par ses prodigalités, la mère de celui-ci, une fille de G. de Maupeou, passait, au dire de Madame de Sévigné, pour « une sainte, qui peut faire des miracles 3. »
ressources montant à plus de quinze millions (Mém. Sully, t. II, p. 375). En 1617 à Rouen, lors de l'ouverture de l'assemblée des notables, il prend séance « sur un banc endossé devant le greffier » (Mercure de 1617,
1. Il est parrain plusieurs fois à Charenton, en 1614 d'une fille de Job Causse, conseiller des finances (Fr. prot., 2e éd., t. V, col. 608), en 1617 d'un fils de Jacques de Laiger, conseiller secrétaire du roi (B. h. p., 1872, p. 276).
2. Drelincourt, Le combat romain ou examen des disputes de ce temps, Genève, in-8°, 1629 ; Du Moulin, Première décade de sermons (Bib. h. pr.) ; la dédicace est datée du 10 novembre 1636. La Fr. pr., T éd., V, col. 820, ne signalait qu'une édition de 1641.
3. Outre un fils, conseiller au parlement (1618). qui abjura en 1641 (Tallemant, VII, 399) et mourut (1660) membre de la VAe du Saint-Sacrement (Rébelliau, Lettres de ta Cle de Paris à la C" de Marseille, Paris, 1908, p. 110) M. de Maupeou eut six filles : l'aînée épousa Josias de Dangeau, sieur de