‹ L'Église réformée de Paris sous Henri IVChapitre 161 sur 558 · RÉINTÉGRATION DANS L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

RÉINTÉGRATION DANS L'ÉGLISE

Le Consistoire délivrait des attestations non seulement à ceux qui faisaient abjuration par devant lui, mais encore aux protestants qui avaient une raison quelconque de faire constater officiellement qu'ils avaient fréquenté le culte à Ablon, après une défaillance ou une absence plus ou moins longue. Ces sortes d'actes étaient parfois passés par devant notaire, ce qui s'explique par l'importance très grande qu'ils avaient non seulement au point de vue religieux et ecclésiastique mais aussi au point de vue civil et social.

Nous en avons relevé, dans les minutes de M' François, un exemple concernant la réintégration d'un relaps qui a exprimé publiquement sa repentance : Gaspard de l'Eglise, sieur de Mellan, gentilhomme provençal, qui jadis avait « porté les armes » d'Henri IV alors roi de Navarre, et s'était fait reconnaître de plusieurs assistants à Ablon, où il avait recommencé de « se joindre aux fidèles » à une date dûment précisée ( le 7 août 1605) 1. Il n'y a pas moins de trois attestations signées l'une de Montigny, l'autre de La Faye, la troisième du notaire et de trois témoins : l'un d'eux, le médecin Pena, affirme — probablement en réponse à une objection faite contre les deux précédents certificats, jugés insuffisants — qu' « en l'Eglise de Paris abonde une infinité d'estrangers qui ne sont connus des anciens, et sont la pluspart des gens d'estat ; » aussi « on n'a point coutume de faire signer tels certificats aux anciens, mais aux pasteurs seuls. »

Saint-Gilles en Poitou, conseiller au grand conseil, et la quatrième. Marie, François Fouquet, maître des requêtes. S'il fut protestant à un moment de sa vie, Fouquet ne l'était plus à sa mort : on conserve au musée Carnavalet une plaque provenant de son cercueil, inhumé d'abord dans la chapelle de la Visitation (aujourd'hui temple de Sainte-Marie), rue Saint- Antoine, et on y lit cette inscription : « Cy gist le corps de M. François Foucquet, vivant chlr" cous1 ordinaire du ro}r en son conseil d'Etat, lequel décéda le XXIP jour d'avril 1640 à l'aage de 93 ans. » Sa veuve passait pour connaître un emplâtre d'une efficacité extraordinaire qui aurait guéri en 1664 Anne d'Autriche elle-même (Allier, Cabale des dévots, p. 414). M.idaine de Sévigné en parle à ce propos : « Ce qui est admirable, c'est le bruit que tout le monde fait de cet emplâtre, disant que c'est une sainte que Mitdame Fouquet, et qu'elle peut faire des miracles. » La collection Conrart (mss. de l'Arsenal, 5131, p. 553) renferme une supplique de « la pi us malheureuse mère du monde » : « elle ne pensoit qu'à prier Dieu et à attendre une mort tranquille lorsqu'elle apprit que celuy de ses enfants à qui Votre Majesté avoit confié les finances avoit esté arresté » : c'est en 1661 et il s'agit du surintendant Nicolas Fouquet.

1. Pièces justificatives, XII, XIII, XIV. Min. François, 1605.

Les questions religieuses et ecclésiastiques occupaient dans la vie des hommes de ce temps une place prépondérante ; « les croyances étaient le tout de l'homme ; toute la vie sociale et individuelle aboutissait là 1 ; » les grands débats théologiques et les guerres intestines du xvT siècle étaient des souvenirs encore présents à la mémoire de beaucoup d'hommes dans la force de l'âge, qui avaient été acteurs ou spectateurs dans les drames de la veille. On s'étonne de lire à propos de cette époque, sous la plume d'un historien pourtant très compétent, cette affirmation <jui nous paraît trop peu conforme à la réalité : « Les passions violentes n'ont plus d'emploi ; les querelles religieuses n'intéressent personne 2. » Dans l'une et l'autre Eglise la foi de chacun était sans cesse tenu en éveil tant par les exhortations de ses coreligionnaires que par les sollicitations des adversaires. Si la fermeté des convictions poussait les réformés au prosélytisme, plus grand encore peut-être était chez les catholiques le désir de ramener au bercail les brebis égarées. Nous avons déjà dit à quels assauts furent en but Catherine de Bourbon, Isaac Casaubon, d'autres encore dont la vaillante résistance fit honneur à la devise entourant l'enclume sur les vieux livres huguenots : « Plus à me frapper on s'amuse, tant plus de marteaux on y use 3. » Soffrey de Calignon, de même, refusa une apostasie qui lui aurait valu le titre de chancelier de France. Cependant, après avoir cité quelques exemples de catholiques devenus protestants, nous avons à rappeler quelques noms de protestants devenus catholiques à la même époque 4.

§ 2. Les défections

Parmi les pasteurs le nombre des apostats fut beaucoup moins élevé que parmi les moines ; en 1604 le vicaire général de l'évêque de Béziers écrit : « La conversion d'un ministre est chose

1. Hanotaux, La Jeunesse de Richelieu, Paris, 1889, chap. III.

2. Strowski, Histoire du sentiment religieux au xvne s., Pascal et son temps, t. I (1907), p. 128.

3. Frontispice de VHisloire ecclés. des Eglises réformées, « de l'imprimerie de Jean Remy, à Anvers, 1580. »

4. Casaubon (Ephémérides, p. 345) écrit en avril 1601 : « O Dieu donnenous la constance et l'énergie nécessaires pour tenir bon ! Fais que nous tirions profit des tristes exemples que nous voyons chaque jour ! »

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