‹ L'Église réformée de Paris sous Henri IVChapitre 166 sur 558 · GUY DR LAVAL · texte numérisé non relu

GUY DR LAVAL

Ce jeune homme de vingt ans à peine, de mœurs fort libertines, avait été élève à Sedan du pasteur Tilenus, naguère en voyage de conférences à Paris et futur précepteur de Turenne *. Du Plessis-Mornay, consulté par le jeune gentilhomme, lui avait en vain adressé de sérieuses exhortations - ; sa femme constate que leur jeune ami était revenu d'Italie « hraniant en la religion » et que « le roi estoit prié par le pape d'y pousser vivement ::. » Sa famille recherchait pour lui en mariage la fdle de Rosny. Le duc de Rohan lui ayant été préféré, cet événement mit fin aux tergiversations, et Laval « quitta la religion, faisant voir à l'œil, » déclare la franche et austère Mme de Mornay, « que la débauche de sa vie, qu'il n'eût pu continuer telle parmi nous, le menoit là. »

Il y avait certainement aussi dans les églises de Paris — comme d'autre part dans le temple d'Ablon — des gens « du commun » qui abjuraient, et dont les noms ne nous ont pas été conservés. Mais ces cinq conversions que nous avons choisies comme types : Gayer, Mercier, Sainte-Marie-du-Mont, Canaye et Laval, montrent assez bien quels éléments hétéroclites entraient alors, avec la persuasion sincère de quelques uns, dans les motifs déterminants d'une conversion au catholicisme : considérations morales et politiques autant que religieuses et ecclésiastiques, raisons de famille, ressentiments personnels et parfois... dépit

1. Ci-dessus p. 72. — Une lettre de Tilenus au comte de Laval à propos de son abjuration se trouve à la Bibl. nat. dans la collection Du Puy, vol. 837 (cf. Fr. prot., lre éd., t. IX, p. 383 b). Une autre datée de Sedan, dès le 30 novembre 160b, expose au comte, après son retour d'Italie, le chagrin causé par sa conversion au catholicisme, déjà considérée comme un fait accompli (Bib. de l'Arsenal, mss., recueil Conrart, in-4°, t. V, p. 245). Du Plessis était en correspondance suivie avec Tilenus : il l'avait chargé de surveiller l'impression d'un de ses ouvrages après la Conférence de Fontainebleau (lettre de Tilenus, datée de Sedan, 22 juin 1600, dans les Mémoires de Mornay, édition de 1652, t. I, p. 5 ; cf. lettre de Du Plessis 'i Rivet, 9 nov. 1604, ibid., p. 77) ; le 18 mars 1605 écrivant au comte de Laval, Du Plessis qualifie Tilenus « personnage très docte » et dit à son ancien élève qu'il ne saurait mieux faire que de le consulter. « M. Tilenus dispute votre âme avec l'Adversaire » Après la mort de son fils, Du

Plessis reçoit de Tilenus une lettre de consolation (29 novembre 1605 ; ibidem, p. 141 ).

2. Mémoires de Mornay, édition de 1652, t. I, p. 5 ; cf. lettre de Du Plessis à Rivet, ibidem, t. I, p. 80 et 95.

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