Ephémérides, 26 mars
croire à bien des gens que je ne manquerais pas de suivre bientôt l'exemple de sa perfidie. Mais la terre se sera ouverte béante pour m'engloutir avant que j'abandonne un iota de la vérité telle que je la connais. Aussi dès que j'ai eu appris que c'en était fait de Canaye, je n'ai pas décousu mais bien brisé la vieille amitié qui m'attachait à lui. Voici près d'un mois déjà que je ne l'ai plus vu 1. »
Nommé ambassadeur aussitôt après -, Canaye ne trouva pas que son abjuration fût suffisamment récompensée ensuite, et au moment de sa mort l'Estoile écrit : « L'avancement qu'il s'estoit promis par le changement de sa religion l'avait trompé, et le roy lui aiant failli de promesse et garant de côté-là avoit ruiné toutes ses affaires, ses desseins et sa maison : ce qu'il avoit pris si fort à cœur qu'il en est mort d'ennui :!. »
En mars 1605, grâce aux capucins également, eut lieu une autre abjuration retentissante, celle du dernier rejeton de la maison de Chàtillon 4, branche d'Andelot, Guy XX, comte de Laval 5.
1. lb., 10 des kal. de mai 1601 (édition Russell, p. 345. En appendice de cette édition se trouvent plusieurs lettres de Canaye à Casaubon).
2. Dépèche de l'ambassadeur vénitien Cavalli du 30 août 1601 (Relazioni, etc., publiés à Venise en 1857, Francia, t. I, p. 40). Marino Cavalli di Giovanni était arrivé à Paris le 24 mars 1601. Sa dernière dépêche est du 1"' juin 1603. Il ne fait aucune allusion aux protestants parisiens.
3. L'Estoile, février 1610. Canaye mourut « en la rue Pavée, au logis de M. de Mesmes. »
4. Fils de Guy-Paul et d'Anne d'Alègre qui se remaria avec le maréchal de Fervaques. Dans son Diaire le pasteur Merlin écrit : « Le 20 d'aouot 1602 je suis venu coucher à Laval où, au soir, j'allé faire la révérence à Mme la maréchale de Fervacques » (Gaberel, Hist. de VEgl. de Genève, II, 193). Elle blâma fort l'abjuration de son fils, ce qui ne plut pas au roi. L'église de Laval célébrait alors le culte dans la maison seigneuriale de Polligny près Bouchamp et avait pour pasteur « par prêt » en 1605, Etienne Besnard (Joubert, Hist. de l'Eglise réf. de Laval, p. 20).
5. Lettre de Ph. de Mornay à sa mère, 19 mars 1605 (Mémoires de Mme de Mornay, éd. de Witt, appendice au t. II, p. 244) : « M. de Laval fut à la messe dimanche ; oncques puis n'a esté veu, toujours reclus dans les Capuchins à se confesser, faire pénitence et solenniser son abjuration. » Nous avons relevé dans les minutes de Me François, en cette année 1605 (nos 331, etc.) plusieurs actes postérieurs à l'abjuration : le comte de Laval était alors (non loin des Capucins) « logé rue Saint-Honoré en la maison où est pour enseigne le Chapeau rouge ; » dans une constitution de rente à une veuve il est assisté d'un ancien ami de son père « Messire Jehan du Mas, chevalier sieur de Montmartin » {Fr. prot., 2" éd., IV, 238) et de M. Terfay, conseiller du roi, logé rue des Canettes.