CHANSON DE LA VACHE A COLAS
« A Paris et par toutes les villes et villages de France on n'avait la tête rompue que de cette chanson, laquelle petits et grands chantoient à l'envi l'un de l'autre en dépit des huguenots, devant la porte desquels, pour les agacer, cette sotte populace la chantoit ordinairement, et étoit déjà passé en proverbe, quand on vouloit désigner un huguenot, de dire : « C'est la Vache à Colas, » d'où procédoit une infinité de querelles et batteries, ceux de la religion s'en formalisans fort et ferme, et estans aussi peu endurans que les autres, qui s'en fussent servis volontiers à faire une sédition, à l'instigation de quelques uns de plus grande qualité, qui les y poussoient sous mains, et, faisans semblant d'éteindre le feu, l'allumoient. »
Ainsi le 10 septembre 1605, un catholique chantant cette chanson près des Cordeliers, un archer protestant — un des gardes de M. de la Force — l'étendit mort sur le pavé. Le lendemain samedi on trompetta par les rues « défense, sous peine de la hart, de plus chanter la chanson de Colas. »
Huit jours après, le dimanche matin 18 septembre, on vit affiché sur la porte Saint-Victor (toujours de ce même côté par où circulaient les protestants), et en d'autres endroits, le placard que voici, parodie des ordonnances officielles :
« On fait sçavoir à tous écoliers, grammairiens, artiens et autres adolescens illustres, étudiants en nostre Université lutétienne, qu'ils aient à se trouver aujourd'hui post prandium sur le bord de la Seine [vers le port Saint-Bernard où accostaient les barques d'Ablon] cum fiislibus et armis, pour là s'opposer in tempore opportuno aux insolences de la maudite secte huguenote et abloniste ; faisant deffense à tous prévôts, lieutenans et autres,
et les chansons tant catholique que protestante postérieures à l'édit de Nantes (le temple de Bionne fut inauguré à Noël 1599, voir ci-dessus). Quel est l'auteur de la chanson protestante ? le mot « de Sedege, » pour lequel on n'a pas encore trouvé d'explication satisfaisante, ne serait-il pas un pseudonyme du neveu et successeur de Couèt comme pasteur à Paris (1608), Samuel Durant, Genevois, qui signe S. I). (1. un manuscrit de 1613 dont nous donnons quelques extraits (Pièces justificatives, XXVI ; cf. B. h. p., 1886, p. .333, note) ? Si quelques couplets, comme le XX" semblent faire remonter la chanson primitive au temps du pontificat de Grégoire XIV (1590), telle autre strophe (la XVI) faisant allusion au P. Coton est postérieure à 1603, et la IIP fait peut-être allusion à Clément VIII mort en
d'empêcher ceci, sur peine d'encourir l'ire de Dieu et du peuple chrétien et catholique 1. »
Cet appel à la violence n'eut que trop d'écho ; il y eut « grand trouble et murmures, et deux meurtres (« fut-ce à dessein ou autrement ? » se demande le prudent l'Estoile) à sçavoir d'un nommé Robert demeurant au faubourg Saint-Germain, qui se mèloit de louer des chambres, lequel revenant d'Ablon avec un sien fils fut attaqué et tué sur la place par un soldat des gardes de la compagnie de Sainte-Colombe ; et ledit soldat tué tout à l'heure par le fils dudit Robert, outré de juste douleur de voir son pauvre père mort. »
Il semble qu'après une sorte de trêve de 1602 à 1604 les passions populaires reprenaient une nouvelle ardeur à Paris, à propos des questions religieuses, en cette année 1605. Fait unique dans l'histoire de la papauté, on y vit trois papes se succéder sur le trône pontifical, en deux mois : Clément VIII étant mort le ,3 mars, un Médicis parent de la reine de France avait été élu sous le nom de Léon XI mais il mourut dès le 27 avril et fut remplacé par le cardinal Borghèse (Paul V). L'un des derniers venus dans le Sacré collège était l'homme que le pasteur Daillé appellera plus tard « le plus fameux disputeur de la cour romaine - » Du Perron. Après avoir vu, à Paris, ses tentatives de conversion échouer auprès de Catherine de Bourbon, d'Aubigné, Calignon, Casaubon et autres, il s'était retiré dans son évêché d'Evreux. Nommé en 1604 cardinal et archevêque de Sens, il eut dès lors dans son archidiocèse l'évêché de Paris. Bientôt il sera de nouveau envoyé à Rome, et, à son instigation, la direction de la lutte contre les protestants passe entre les mains de l'assemblée du clergé, mais la puissance sans cesse croissante qui sera effectivement à l'œuvre est l'ordre des jésuites.
Il avait, en France, été dispersé après l'attentat de J. Chastel par arrêt exécuté le 29 décembre 1594 (c'est-à-dire l'année même où, « chez Madame, » se reconstituait l'Eglise réformée de Paris). Dès son arrivée Marie de Médicis avait demandé au roi le rappel des jésuites, mais le roi fit la sourde oreille pendant trois ans. A Paris l'opposition des réformés se joignait à celle des parlementaires. Les jésuites profitèrent d'un voyage à Metz et