RAPPEL DES JÉSUITES
du moment où le roi faisait ses pâques en 1603 pour parvenir à ses fins i. Un Edit autorisant le retour de l'ordre en France fut signé en septembre ; il fallut encore quatre mois, et une manifestation péremptoire de la volonté royale, pour que le Parlement fît l'enregistrement (2 janvier 1604). « Si le roy de sa propre autorité n'en eust entrepris le restablissement, jamais les jésuites ne l'eussent obtenu, tant le Parlement, la Sorbonne, l'Université, plusieurs évesques et villes de France y avoient une grande aversion. » Ces lignes sont de Sully qui fit, en vain, toute l'opposition possible -.
L'année suivante il ne put davantage empêcher qu'une satisfaction éclatante fût donnée à ses adversaires, « au grand déplaisir des réformés et de tous les bons Français3 » : on abattit la pyramide élevée à la place de la maison du père de Jean Chastel, portant sur une plaque de bronze l'arrêt de bannissement des jésuites 4, tandis que la « croix de Gastine » restait toujours debout, rappelant l'interdiction des prêches à Paris ■"•.
Agrippa d'Aubigné, jetant un coup d'oeil d'ensemble sur les dix dernières années du règne de son maître, signale comme unique ombre au tableau « le rappel de ces pestes, entrepris et exécuté contre toute justice, bienséance, sentiment des grands du royaume, volonté et honneur du roi '-. » Il note qu'à peine rentrés les jésuites obtinrent cette destruction de la pyramide ; et « un seul bastiment que le roi desfit prit le contr'ongle de sa réputation. »
Chose curieuse : c'est un ancien cuisinier de Catherine de Bourbon, un de ses rares serviteurs catholiques, devenu portemanteau du roi, puis conseiller d'Etat, La Varenne, qui fut l'un des instruments de ce rappel des jésuites avec le P. Coton.
1. Le jeudi saint le roi reçut quatre jésuites dans son « arrière cabinet ; » et le lundi de Pâques « il commanda au père provincial de le venir trouver à Paris et y amener le père Coton, et qu'il avoit volonté de les rétablir en France » (P. Cayet, Chronologie septénaire, édition de 1611, p. .'{«SS).
2. Mémoires de Sully, I, CXX1X. Cf. Lettres missives d'Henri IV, t. VI, p. 178 et 182 : dans sa réponse aux remontrances du Parlement le 21 décembre, le roi dit à propos des jésuites : « Si la Sorbonne les a condamnés, c'a esté sans les cognoistre. »
3. E. Benoît, Hist. de l'édit, I, 415. Cf. Mercure de 1605 (édition de 1(519, p. 10).
4. Mémoires de la Liane, t. VI, p. 247 ; et Hisl. nniv. d'A. d'AuBIGNÉ, éd. de Ruble, t. IX, p. 26.