‹ L'Église réformée de Paris sous Henri IVChapitre 194 sur 558 · TRAITÉS DE CONTROVERSE · texte numérisé non relu

TRAITÉS DE CONTROVERSE

disparu. Quelques-uns circulaient sous le manteau en manuscrit et n'ont jamais été imprimés3. Ce qui a survécu et résisté au temps ce sont les volumes épais dont les éditions successives sont toujours « augmentées : » tantôt sous forme plus populaire, en gros caractères à l'usage des vieillards ou des personnes peu lettrées, tantôt sous forme plus savante, avec des marges encombrées de citations grecques et latines. Et il n'y en avait apparemment pas encore assez pour des lecteurs passionnés : plus d'un a criblé de notes manuscrites tous les blancs disponibles.

On vit alors s'entrecroiser, dans un cliquetis belliqueux, des arguments aussi bizarres que les titres des ouvrages publiés coup sur coup, ripostant du tac au tac : Du Moulin lance d'abord 2 « les Eaux de Siloé, pour esteindre le feu du purgatoire contre les raisons et allégations d'un cordelier portugais qui a presché le caresme à Saint-Jacques de la Boucherie3. » Le mois suivant (juin 1003) trois adversaires à la fois répondent : le cordelier lui-même, par le Torrent de feu, sortant de la face de Dieu, pour desseicher les eaux de Mara, encloses dans la chaussée, du Moulin d'Ablon 4 ; Gayer, par la Fournaise ardente et le four de réverbère pour évaporer les prétendues eaux de Siloé et corroborer le purgatoire contre les hérésies, calomnies, faussetés et cavillations du prétendu ministre Du Moulin ; enfin Du Val, docteur de Sorbonne, lance Le feu d'Hélie etc.

Du Moulin fait face aux trois assauts en publiant « l'Accroissement des eaux de Siloé pour esteindre le feu de purgatoire et noyer les satisfactions humaines et les indulgences papales, etc.,

1. Ainsi Lobéran avait rédigé « un écrit à la main, contenant cinq feuillets, pour la confirmation en la religion d'un quidam que le curé de Saint-Sauveur [en face du cimetière protestant de la Trinité, rue Saint-Denis] taschoit de réunir à la religion catholique romaine ». L'Estoile en parle d'après un exemplaire que lui prêta M. de Gréhan (Journal, 15 juillet 1606) ; le même personnage lui prêta en 1609 le Réveil des apostats, « petit livret duquel tous ceux de sa religion font grand estât ».

2. L'Estoile a conservé la date : samedi 31 mai 1603 (Journal, p. 350).

3. Sans lieu ni marque d'imprimeur, 1603, in-8". De cette église il ne reste que la « tour Saint-Jacques. »

4. Une nouvelle édition « avec plusieurs additions très utiles et nécessaires » par l'auteur, le « R. P. F. Jacques Suarès de Sainte-Marie » a paru en 1606 encore à Paris, chez Nicolas du Fossé, in-8 (Bihl. de M. C. Frossard. R° 313).

etc. x ; » il n'y a pas accroissement en aménité de ton, mais en nombre de pages : plus de deux cent cinquante, au lieu de cinquante-cinq. Et, la même année, il apporte encore de « Nouvelles briques pour le bastimeut de Babel, c'est à dire erreurs nouvellement forgez pour establir la grandeur de Vevesque de Rome, etc. -. » Cela tombait dru comme grêle dans les deux camps, et cependant les amateurs ne manquaient pas pour lire et pour acheter, comme en témoignent les rééditions nombreuses.

Les ouvrages destinés à la défense du catholicisme n'avaient pas toujours l'approbation des autorités ecclésiastiques : il y avait des tirailleurs compromettants, que l'on désavouait. Ainsi la Fournaise ardente de Cayer, « soit (dit l'Estoile) qu'elle fût trop eschauffée, ou autrement » fut censurée aux prônes, par ordre de l'évêque. Les réformés, enchantés de pouvoir jouer ce bon tour à leurs adversaires désunis, firent imprimer la censure de leur ancien pasteur « en un placard, par P. Lebret, que on appeloit l'imprimeur d'Ablon, où il en porta quantité, dont il eut bonne dépêche ; il les vendoit et crioit à l'entrée du presche comme font les contreporteurs de Paris leurs bagatelles et denrées aux avenues du Palais 3. » (Ces colporteurs étaient les ancêtres des camelots actuels).

Au milieu de tous ces pamphlets gros et petits qu'on se jette à la tête, le Mercure françois de 1605 constatant qu'en Europe «. la France seule jouit d'une paix heureuse, » le journaliste ajoute en souriant : « on n'y fait la guerre qu'en papier4. » Il y a telle de ces conférences sur laquelle on a disserté, répliqué, dupliqué, tripliqué, assez pour garnir tout un rayon d'une petite bibliothèque 5. Peu à peu se forme une sorte de tradition, il y eut en Sorbonne et dans les couvents d'une part, dans les académies protestantes d'autre part, une sorte de cours pratiques d'apologétique où l'on apprenait à répondre de telle manière à

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