‹ L'Église réformée de Paris sous Henri IVChapitre 196 sur 558 · ATTITUDE DES AUTORITÉS ECCLÉSIASTIQUES · texte numérisé non relu

ATTITUDE DES AUTORITÉS ECCLÉSIASTIQUES

telle question ; l'un des hommes qui ont le plus écrit et professé sur la matière, Du Moulin, enrichit sans cesse son arsenal, mais ne se fait pas scrupule d'employer à l'égard d'adversaires différents des raisonnements semblables et des exemples identiques *. Les mêmes arguments finissent ainsi par être tellement ressassés partout, qu'on peut avoir une idée suffisamment exacte de la polémique en général en étudiant à fond certains ouvrages seulement de quelques polémistes.

Sur la valeur de ces discours et de ces livres opposés, quel arbitre se prononçait pour donner raison à l'un et tort à l'autre ? Dans les salles où l'on discutait verbalement il y avait bien des auditeurs, mais il n'y avait point d'arbitre qualifié et accepté par les deux parties pour juger en dernier ressort ; et pour les livres imprimés, il n'y en avait pas davantage... en théorie du moins, car en fait une puissance supérieure intervenait bien clairement dans la plupart des cas. D'après les documents que nous connaissons on ne voit pas — et il est peu probable — que le Consistoire soit jamais a priori intervenu pour conseiller au pasteur engagé dans une controverse d'agir ou de ne plus agir de telle ou telle manière ; par contre les autorités catholiques surveillent de très près leurs champions, restreignent à leur gré la liberté ou la publicité des débats, et même les font cesser lorsqu'ils prennent une tournure inquiétante. Ainsi la Sorbonne « censure grièvement » Cayer « pour avoir mal défendu la cause, » et l'évêque de Paris lui fait « défense expresse de ne rien signer de ce qu'il avoit dicté, » comme Du Moulin le demandait « afin que les choses fussent plus authentiques 2. » Les réunions continuant cependant, les docteurs de la Faculté de théologie vont « en corps » trouver « Messieurs les avocats du roi en la cour

1. Ainsi à propos de reliques, il ne manque pas d'en citer une qu'il avait sans doute vue dans sa jeunesse à Cour-Cheverny, près Blois : « de l'ahanement de Joseph, » et il prend la peine d'expliquer : « quand il fendoit du bois, car il estoit charpentier » (Trente-deux demandes, etc., 1608, 61a dtin. en contréchange. Cf. Défens de la foi, etc., 1610, art. XVII). A propos du missel il insiste sans aucun tact sur certaines prescriptions d'ailleurs exactes, mais peu ragoûtantes relativement à l'hostie vomie, etc.

2. Narré, p. 90, cf. p. 157 : « M. de Ruquidor, advocat en Parlement, s'avança et pria Cayer de vouloir pour le moins donner acte signé de sa main par lequel il recogneust les seings des scribes estre aussi valables que les s'ens, mais Cayer le refusa ».

du Parlement » ; ils se plaignent de la conférence « comme de chose pernicieuse et tendante à sédition ; » d'ailleurs « les moyens de la rompre ont esté concertez entre eux et les effects en paraîtront bientôt » Suivent des lettres anonymes : on menace

l'hôte des conférenciers de faire intervenir contre lui la police et les sanctions pénales dont dispose la justice civile, si les réunions ne cessent pas K Elles cessent alors là et, bien entendu, ne reprennent pas ailleurs. Plus tard, lorsque les jésuites se firent attribuer d'une manière ininterrompue les fonctions d'aumônier du roi, celui-ci fut directement mis au courant des conférences par des comptes rendus, peu impartiaux naturellement, rédigés par le champion catholique -, et les jésuites obtinrent la suppression, « par autorité publique, » de tel compte rendu rédigé, au contraire, par le champion protestant 3.

D'après les sages prescriptions de l'Edit de Nantes, on aurait dû de part et d'autre observer une certaine retenue dans les expressions, mais tandis que les catholiques jouirent, en pratique, d'une liberté presque illimitée, les protestants furent souvent rappelés à l'ordre 4 ; il fut interdit par exemple d'appeler le pape « antechrist » et les controversistes durent éviter ce mot s'ils ne voulaient pas voir supprimer leurs ouvrages, ce qui fut le cas pour quelques irréductibles 5.

1. « Dans des lettres sans subscription un personnage de qualité le conseillent de ne recevoir plus personne en la maison pour conférer, et lui représentent les inconvéniens avec menace d'estre constitué prisonnier. Au moyen de quoi ledict sieur intimidé pria Du Moulin de cercher un autre logis » (Narré, p. 156).

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