Ainsi le P. Gontier (voir ci-dessus p. 238, n
3. Ainsi le Narré rédigé par Du Moulin fut « supprimé aussitôt par autorité publique » (IJkjîulle, Discours à Madame de Mazencourt, mai 1609, p. 337).
4. Cayer en 1600 espère que la déclaration d'E. de Beau val tombera sous le coup de la loi parce qu'elle appelle la doctrine romaine « blasphématoire, apostatique, superstitieuse, etc. » (Response, p. 7 : « Nos seigneurs de Parlement sont sages et advisés, pour juger si cela n'est pas, comme j'estime que- c'est, contre l'Edit mesme »).
5. Du Moulin, Défense de la foi], 1610, p. 13 : « Le nom Antéchrist effarouche les ignorans qui l'estimans une parole outrageuse condamnent le lime dès le filtre. Ils estiment que les autres controverses picquent sa Saincîeté a la gorge, mais que celle-ci lui coupe le sifflet : au degonst et délicatesse impatiente desquels je veux ici m'accommoder » ; en effet, il laisse entendre clairement la chose sans employer l'expression. C'est en 1603 que le Synode national de Gap avait ajouté à la Confession de foi (art. XXXI) la déclaration (pie » Févêque de Rome » est « l'Antéchrist et le fils de perdition. »
l'argumentation 241
En somme, la Sorbonne et l'évêque de Paris avaient beau intervenir, faire arrêter certaines conférences et supprimer certaines publications, malgré tout l'opinion publique était saisie par les récits nombreux qu'on colportait de maison en maison, oralement ou en manuscrits, et c'était bien elle en définitive qui était appelée à se prononcer sur la validité des arguments et des procédés employés : fait d'une portée immense sur lequel nous reviendrons dans la conclusion de ce chapitre.
Après avoir jeté un coup d'œil pour ainsi dire extérieur sur les conférences, leur raison d'être, les conférenciers, les assistants, etc., il est temps de voir quels sont les rouages intérieurs, comment la conférence est mise en mouvement, se déroule, et s'arrête.
§ 4. L'argumentation
Naturellement c'est toujours un des deux partis qui provoque l'autre à la lutte, et c'est plus souvent le catholique qui prend l'offensive. D'ordinaire la « dispute » ne commence qu'après des préliminaires plus ou moins longs, pour fixer les sujets à discuter et les procédés à suivre dans la discussion. « Aujourd'hui, écrit Du Moulin en 1630, les disputes se réduisent à disputer comment il faut disputer 1. » Ce fut vrai trop souvent hélas, déjà longtemps auparavant. Cependant les conditions ne sont pas toujours, d'avance, également connues de tous ; il arrive que, d'accord avec des tiers, un « disputeur » fasse attirer au dernier moment l'adversaire sur le terrain où il va l'attaquer sans que, de son côté, il ait pu se préparer '-. Du Moulin, dans des cas de ce genre, finit par répondre à la provocation, mais il ne le fait pas volontiers, parce qu'une telle lutte n'est pas « comme il faut, » selon les règles : ainsi nous avons vu qu'il répugnait longtemps à prendre la place de Montigny dans une conférence par écrit, et il n'accepte pas plus promptement d'improviser une conférence verbale ; lorsqu'un jour M. de Liembrune l'interpelle « sur les trois heures de l'après-midi, devant sa porte en la rue des Marais » et « requiert » son voisin de monter dans sa
1, Du Moulin, Véritable narre, etc., p. 23 : « Le P. Gontier me surprit à ''impourvu lorsque je ne pensois à rien moins qu'à parler à lui, mais lui venait préparé, par un concert avec ces dames ».