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LE" JUGE DES CONTROVERSES

ailleurs, disposés à contester le principe monarchique. Et Du Moulin, dans le morceau qu'on vient de lire, ne se borne pas à nier cela énergiquement ; il affirme la thèse contraire : en France et partout, c'est l'extension de l'autorité papale qui est un danger pour la monarchie nationale.

Cette thèse avait précisément alors un défenseur (à la fois juge e tpartie) en la personne d'un controversiste couronné qui protégeait Du Moulin et que Du Moulin traduisait : le roi d'Angleterre place une « exhortation aux rois et princes chrétiens » en tête d'un gros ouvrage théologique que critiquera un autre Français, catholique celui là, Coeffeteau ; et Jacques Ier marque bien l'intérêt universel et primordial de ce débat : « Mon souhait est que la volonté vous vienne de recognoistre soigneusement combien ceste controverse est importante à vous tous, et qui? c'est vostre intérêt

commun Nostre controverse est générale, à sçavoir si le pape

se peut justement attribuer quelque puissance sur les rois es choses temporelles 1. »

§ 5. Le Juge des controverses

Cette controverse si « générale », s'étendant au présent et à l'avenir, aux rois et aux peuples, cette controverse si « importante » pour le salut des individus et les destinées de l'humanité, qui en décidera ? qui prononcera les paroles indiquant de quel côté est la vérité ? quel sera le « juge des controverses ? » c'est le titre même d'un volume où Du Moulin a condensé les expériences de trente années, et ce volume traite de l'autorité de l'Ecriture sainte.

L'Ecriture sainte était bien en effet l'autorité suprême établie

1. Préface à V Apologie da Serment de fidélité, traduite par Du Moulin dans l'Accomplissement des prophéties, 1624, ch'ap. XIII.

Après la conspiration des poudres, Jacques l'r avait voulu imposer à tous ses sujets une formule de serment de fidélité. Paul V par bref du 22 septembre 1606 avait défendu aux catholiques de prêter ce serment. Le roi avait alors publié (anonyme, d'abord) une apologie de ce serment, puis un second ouvrage comme préface de cette apologie. Le théologien français Coeffeteau appartenait à l'ordre des frères prêcheurs, et non à celui des jésuites, expulsé d'Angleterre après la conspiration ; il répondit - au bout de huit mois - aux ouvrages de Jacques 1", en blâmant les attentats à la vie des rois. Du Moulin traduisit et commenta amplement la Défense de lu foi du roi Jacques en tWux ouvrages parus en 1610 et 1624 (voir ci-dessus, p. 216).

ou rétablie par les réformateurs et officiellement proclamée dans les confessions de foi protestants du xvi' siècle, mais tout en déclarant qu'ils n'avaient jamais méconnu cette autorité les catholiques en juxtaposaient une autre, celle de la tradition conservée par l'Eglise. On est donc assez surpris de constater, au début du xviie siècle, dans quelques premières controverses, que les controversistes catholiques paraissent d'accord avec leurs adversaires pour admettre un seul juge des controverses : l'Ecriture sainte. En 1602 Cayer « se submit volontairement à prouver par le texte de l'Escriture sainte » et Du Moulin « s'esbahit » de ce qu'il « se départit des maximes ordinaires de l'Eglise romaine en recevant l'Escriture sainte pour juge x ; » cette même année 2 M. Bouju se fait fort de montrer au même Du Moulin « qu'aucun des points de sa croyance contraire à la doctrine de l'Eglise catholique, apostolique et romaine n'est fondé en l'Ecriture. »

Tel membre du clergé parisien : M. Benoist, curé de Saint- Eustache, traducteur de la Bible en français, appelle sans hésiter l'Ecriture « règle de salut 3, » parle avec émotion des « vénérables et adorables et vivifiantes Escritures sainctes, » invitant le lecteur à « une fichée et arrestée admiration très douce et très agréable » des œuvres divines. Ces faits viennent se joindre à ceux que nous avons déjà relevés, montrant en ces premières années qui suivent l'Edit de Nantes un rapprochement des esprits, une recherche d'un terrain d'entente entre les deux Eglises, tels qu'on en a rarement revu depuis lors.

Toutefois, du côté catholique, cette sorte d'apothéose sans réserves, de l'Ecriture est une exception, et les controversistes raillent plutôt l'usage constant que les protestants font des livres saints. S'adressant, comme Benoît, à Madame, grande lectrice de la Bible, le père Commelet disait : « la parole de Dieu est le glaive des hérétiques, » et Couët prenait avantage de cette déclaration ; en quoi il avait tort, au dire de Cayer, qui intervenait à

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