Cayer, Tromperie, etc., p
4. Du Moulin, Cartel de deffij, p. 109 : « Les Sarrasins avoyent leur muphti et leur grand Caliphe, Vicaire de Dieu, Seigneur souverain du spirituel et du temporel : les payens et les Turcs ont leurs religieux qui se dechiquetent de cous de fouet et se battent : les mesmes Turcs font force pèlerinages à la Mèche et Almedina ; l'une où est le bers [berceau], l'autre où est le sepulchre de Mahomet ; ils ont leurs saincts canonisez par les Caliphes, lesquels font force miracles. Ils défendent de lire ou estudier : le service des Turcs est en Arabie et le peuple n'y entend rien, il n'y a que les docteurs et prestres ausquels la lecture des livres de la Religion soit permise : ils croyent le franc-arbitre, ils tiennent que l'homme peut mériter Paradis par bonnes œuvres ; ils sont austères en jeusnes ; en somme hors le point des images, lesquelles ils abominent, la convenance est merveilleuse avec les traditions de l'Eglise romaine. »
rTlSTOIRE DES RELIGIONS 249
du bassin de la Méditerranée : à peine s'avise-t-on une ou deux fois que des hommes vivent de l'autre côté de l'Atlantique '.
Jusqu'à présent nous avons montré comment les controversistes étudiaient théoriquement la valeur des idées philosophiques et religieuses en elles-mêmes ; ils ne manquent pas, en outre, chaque fois que l'occasion s'en présente de mettre en évidence certaines conséquences pratiques de ces idées, dans la vie politique et sociale ; ces conséquences sont tantôt réelles, tantôt imaginaires, mais en tout cas ce genre de démonstration a toujours
1. Cayer (Narré, p. 20) cite « Léry, ministre, qui escrit que les Margajats effrayent un gasteau », pour démontrer que « c'est une loi de nature d'offrir à Dieu pain et vin » (dans la messe), et Du Moulin rappelle qu'un chef Indien s'étonnait d'apprendre que le pape eût partagé entre les Espagnols et les Portugais des territoires qui ne lui appartenaient point.
<■ Les Payens en leurs sacrifices n'offroyent jamais un singe à la Divinité : mais ces gens offrent des singeries ridicules à un si grand Prince, qui tient envers nous la place, de Dieu. Lequel estant admirable en patience (puisqu'il souffre d'estre ainsi servi.) ne l'est pas moins en clarté de jugement. Car il cognoist bien que si ses vertus Royales n'estoient au-dessus de toute envie, et hors le danger de l'oubliance, elles perdroyent de leur lustre estant meslées parmi ces ordures de livrets comme perles en un fumier. Aussi n'approuve il pas les prescheurs séditieux lesquels déclament maintenant en leurs sermons en présence de sa Majesté que nous haïssons toute domination et mesprisons la Royauté. Car Sa Majesté sçait bien que tant s'en faut que cela soit véritable, qu'au contraire c'est la principale cause pour laquelle nous sommes hays, à sçavoir pour ce que nous n'avons serment de fidélité à aucun homme, qu'au Roi. Pour ce que nous disons que le Pape ne peut donner ni oster les Royaumes, ni dispenser les sujects du serment de fidélité : pour ce que nous enseignons qu'il n'y doit avoir autres loix, autres juges, autres prisons que celles du Roi : pour ce que nous représentons que son Royaume s'espuise d'argent qui passe en Italie par annates, dates, dispenses, absolutions, affaires matrimoniales, etc., et que le trafic et tyrannie s'establit sous ombre de religion. Bref, pour ce que nous nous plaignons que le Pape fait baiser ses pieds aux Rois, et foule aux pieds leurs Couronnes. Si nous voulions adhérer au Pape en ces choses, il nous dispenserait aisément de croire à l'Evangile ; ou par privilège spécial nous permettroit d'y croire es choses qui n'endommagent point ses profits. Y a-t-il personne qui puisse accuser les Eglises réformées de rébellion ou attentat contre nos Rois ? avons-nous jamais porté le couteau sur nos Rois, ou voulu les faire voler avec de la poudre à canon ? et encores oser preseher cela en la présence de Sa Majesté, dont le seul regard et les espreuves de nostre fidélité qu'il a senties réfutent reste calomnie ! Car que les Jésuites entreprennent lui persuader (pie nous lui sommes ou rebelles, ou mal affectionnez, est tout ainsi (pie si Cayphc vouloit défendre Jésus-Christ contre
les Apostres : <>u comme si Catilina accusoit Ciceron de sédition. »
pour but de faire considérer l'adversaire comme un perturbateur cie l'ordre public, identifié, dans la France de ce temps, avec le respect de la monarchie. A entendre les catholiques, c'est le protestantisme (le protestantisme réformé surtout) qui est le pire ferment de mépris pour l'autorité royale ; à entendre les protestants, c'est le catholicisme (le jésuitisme surtout) qui, en exaltant Ja suprématie du pape, diminue le pouvoir des rois et met même leur vie en péril.
Les réformés, insinue Cayer à Madame J, sont des « maîtres acéphales » : « ne doutez pas que s'ils avoyent pu renverser la hiérarchie ecclésiastique ils ne baillassent eschec et mat s'il leur estoit possible à toute principauté, estans nez ennemis de la monarchie à la suite de Calvin en son Institution, 1. 4, c. 6, § 9. » Or personne n'est moins démocrate que Calvin, personne n'est plus indifférent à la forme du gouvernement politique, pourvu que ce gouvernement, monarque ou république, cherche à agir comme le lieutenant de Dieu pour le bien du peuple. Si les idées républicaines ont plus tard pris quelque consistance à la Rochelle et dans plusieurs villes du Midi, elles étaient bien étrangères aux protestants parisiens du début du xvne siècle, presque sans exception ; Du Moulin est foncièrement monarchiste : il estime qu' « en un Estât il vaut mieux avoir un mauvais maistre que de n'en avoir point du tout - ; » et il repousse avec une sorte d'horreur les soupçons qu'on voudrait calomnieusement inspirer au roi sur la loyauté de ses sujets protestants. Ce sont bien plutôt les « papistes » qui sont prêts, si l'Eglise le leur ordonne, à devenir ennemis du roi, ce sont les jésuites qui ont fomenté en France l'attentat de Jean Chàtel, en Angleterre la conspiration des poudres. Et voici deux pages que nous transcrivons in extenso parce qu'elles expriment éloquemment l'indignation de Du Moulin, et contrastent agréablement avec la fastidieuse sécheresse de mainte dispute sur des syllogismes 3 :
Personne alors, parmi les catholiques, n'ose (comme on l'a calomnieusement fait depuis, et jusqu'en notre siècle) prétendre ([lie les protestants français ne sont pas Français. On prétendait seulement que les protestants étaient en France comme partout