‹ L'Église réformée de Paris sous Henri IVChapitre 218 sur 558 · LA TRANSSUBSTANTIATION · texte numérisé non relu

LA TRANSSUBSTANTIATION

D'ailleurs ce n'est pas exclusivement la faute de Du Moulin si la discussion prend parfois une allure presque répugnante. Ses adversaires insistent avec la même complaisance sur certains points que leur offrent pour ainsi dire officiellement les sujets controversés. Ainsi Cayer exaltant l'adoration de l'hostie - - l'un des actes choquant le plus violemment la piété réformée — Du Moulin demande x : « Comment est-il commandé que si le prestre vient à revomir l'hostie, il la remâche ? est-il croyahle qu'un ei sainct sacrifice soit enveloppé du vomissement ? » Singulier argument de Du Moulin : du fait qu'on peut vomir l'hostie conclure que ce n'est pas le corps de Jésus-Christ ; mais, il faut l'avouer aussi, singulière prescription que Cayer défend sans broncher : en effet quelques auditeurs, ne connaissant pas ce paragraphe des « cautelles » de la Messe, murmurent : « C'est une calomnie de Du Moulin. » Sur quoi celui-ci demande à Cayer, « si un tel cas lui estoit advenu, s'il ne reprendroit point ce qu'il auroit rejette ? Cayer respondit qu'il le feroit, et d'abondant pour montrer qu'il n'avoit point de honte de l'avoir dit, leut la cautelle qui est au messel... Il adjousta que les paroles qui disent que l'hostie ne va point au ventre, mais en l'entendement, sont fort considérables. »

Autant que l'idée de transsubstantiation celle d'un « sacri-

re mot ceci ne signifie rien : veu qu'il ne signifie point le corps de Jésus- Christ, puisque la Transsubstantiation n'estoit encores faite quand Jésus-Christ disoit ceci. Aussi ne signifie il point le pain, car il seroit faux de dire que le pain fust le corps de Christ : qui est cause que la glose sur le Canon Timorem, en la 2e distinction, dit que per hanc diclionem hoc nihil ôemonstratur : c'est-à-dire que par ce mot ceci Jésus-Christ ne demonctroit rien et peu après, parlant de ces mots : ceci est mon corps : icieo sacerdos "a non profert significative quia non posset ea vere proferre, mentiretur enitn si diceret, hoc est corpus meum. C'est-à-dire : Pourtant le prestre ne profère point ces mots avec aucune signification, car il mentiroit s'il disoit : Ceci est mon corps »).

De son côté le P. de Bérulle estime que « le sieur du Moulin se moque quand il dit qu'il croit ces paroles : Cecy est mon corps, estre véritables » {Discours, p. 253) ; il met en garde Mme de Mazencourt contre « les équivoques qui passent subtilement du vray corps du fils de Dieu à son corps mystique, et de l'union substantielle par ce sacrement à la spirituelle par la foi ». (Nous verrons qu'une confusion analogue est déplorée par les ré Cor mes à propos de l'identification faite par les catholiques entre les termes Eglise chrétienne et Eglise romaine).

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