LA VRAIE CATHOLICITÉ
chées à l'Eglise romaine : par conséquent elle ne peut se dire
unique De leur côté les catholiques insistent malignement sur
les divisions qui existent entre protestants \ et sur ce que Bossuet appellera les « variations » : variations entre les Eglises, entre les réformateurs -, entre les opinions successives d'un même réformateur-. (Ce reproche vise spécialement la question de continuité, liée à celle d'universalité, et aussi à celle de l'antiquité).
Les controversistes protestants ripostent qu'il peut y avoir union et unité sans uniformité ; ils vantent le « saint accord » entre toutes les confessions de foi protestantes sur les questions essentielles 4, ils mettent en évidence les différences, au contraire, très grandes entre les diverses phases de l'histoire de l'Eglise soi-disant catholique, de plus en plus corrompue, entre les divers conciles, entre les divers docteurs ; ils opposent ceux des trois premiers siècles à ceux du moyen-âge et aux modernes. Du Moulin surtout étudie la formation des dogmes avec une pénétration, un esprit d'analyse, et une critique des sources qui, trois siècles d'avance, font penser aux méthodes rigoureuses de la science moderne : il montre les scolastiques « se ruant sur une philosophie harharement subtile, et l'ayant trouvée contraire à la
1. « Vous estes tous divisez, les Allemans (les Suisses, les François des Biarnois, etc. Et ce qui a esté dit des Anglois, qu'ils sont divisez de tout le reste du moyen par le moyen de la mer, se voit aussi par leur forme de religion qui n'est ny catholique romaine ny conforme à la vostre » (Cayer, Lettre à Damours, p. 9).
2. Cayer a dirigé contre Huss, assez peu connu alors, des critiques qui ont pu contribuer à faire que, dans la suite, les docteurs réformés ont très rarement invoqué ses opinions. Si Cayer (Antithèses de Huss et Luther) fait Huss trop catholique, Rotan [Response, p. 175) le fait trop protestant. Crespin avait placé Huss dans le livre des Martyrs, comme le remarque Cayer, mais depuis lors les réformés n'ont plus guère essayé de faire remonter la Réforme jusqu'à Huss.
3. « Luther changeoit à tous coups d'opinions. s.?s livres en font l'oy » (Cayer, Remonstrance, p. 43). Les réformés citent assez rarement Luther et les luthériens (auxquels fut longtemps réservé le nom de protestants).
4. Rotan, Response à Cayer, p. 147 : « La dispute survenue pour le regard de la sainte Cène n'est pas du fondement de salut... On peut être de divers avis, mesmes en un point de doctrine qui ne sera fondamental, sans se départir de l'unité de l'Eglise. » Les documents officiels ce sont les confessions de foi « et non les écrits particuliers de nos docteurs et pasteurs, comme juissi les prétendus catholiques nous disent qu'ils n'advouent pas tout ce qui a esté mis en avant par cestui-ci ou cestui-là, mais qu'il faut regarder ce qui a esté déterminé en leur Concile de Trente. »
transsubstantiation, ils se sont escrimez là-dessus et ont lime leurs esprits sur la dureté de cette matière 1. » Par réaction contre les théories tendancieuses de ses adversaires -, Du Moulin insiste à son tour - peut-être avec quelque exagération — sur les origines très anciennes du protestantisme en France, et le rattache aux hommes qu'on a, plus tard, appelés les Réformateurs avant la Réforme. D'autre part on retrouve souvent chez lui et chez d'autres controversistes réformés cette affirmation, à laquelle ils tiennent heaucoup, que les réformateurs ont voulu non pas faire un schisme (déchirer l'Eglise, en fonder une autre), mais rétablir l'Eglise primitive conformément au vœu qu'ils avaient fait, dans l'Eglise catholique même, de servir la vérité 3. Aucun reproche n'est plus sensible aux pasteurs que celui d'être hérétiques ; ils abhorrent l'hérésie aussi énergiquement que l'Eglise romaine, et loin d'admettre que les doctrines des réformateurs aient été déjà condamnées en la personne des anciens hérétiques, Du Moulin entre autres se fait fort de prouver « que l'Eglise romaine a ressuscité les anciennes hérésies et a emprunté plusieurs choses du paganisme ; mais que l'Eglise réformée n'a rien de commun avec les anciens hérétiques 4. » D'ailleurs les réformés se défendent d'admettre et de soutenir telle ou telle opinion parce qu'elle est celle d'un réformateur ; ils l'admettent parce qu'elle est conforme à la vérité, mais ils ne veulent pas qu'on prenne pour une obéissance aveugle leur respect pour la personne de « Monsieur » Calvin •"> ou de M. de Rèze Tun presque, l'autre tout à fait contemporain de nos controversistes. Cayer représente à tort Calvin comme le pape des réfor-