LES SACREMENTS
tions - importantes cependant - débattues dans les conférences. Quant aux sacrements les catholiques reprochaient aux protestants d'en conserver deux seulement : le baptême et la communion ; mais sur le premier ils n'avaient rien à dire : administré par les pasteurs au nom du Père, du Fils et du Saint- Esprit, il était reconnu parfaitement valable, et on ne rebaptisait pas alors (comme on l'a fait plus tard) les protestants devenant catholiques, pas plus qu'on ne rehaptisait dans l'Eglise réformée les personnes qui avaient été baptisées par un prêtre, comme Jacques I", Madame, et tant d'autres nées au xvie siècle. Autant que l'Eglise romaine, l'Eglise réformée tenait au baptême des enfants, elle désavouait et blâmait hautement — depuis l'Institution — les anabaptistes *.
Pour la communion, c'était une autre affaire. Nous avons longuement parlé des querelles sur la transsubstantiation et le sacrifice de la messe. Dans des discussions annexes à celles-là, les réformés attaquaient souvent une double pratique : la messe sans communiants, et la communion sous une seule espèce - ; mais ils savaient que sur ce dernier point, à la longue, l'Eglise romaine aurait fait peut-être, en France comme ailleurs, quelques concessions 3.
Le purgatoire a fait l'objet de débats spéciaux de vive voix et par écrit : le Torrent de feu de Suarez 4 en offre un échantillon.
1. Cf. Du Moulin, Apologie, tout le chapitre V ; naturellement il ne manque pas une occasion de critiquer ce qu'il peut y avoir de matériel dans la notion catholique du baptême. Coëffeteau ayant dit que le baptême des cloches était une simple bénédiction, Du Moulin lui démontre que telle ne paraît pas l'idée courante, et décrit tout au long la cérémonie, réglée par ie rituel d'une manière singulièrement analogue à ce qui se pratique dans le sacrement administré à une créature vivante (Défense, etc., art. XVI).
2. Cf. Du Moulin, Défense de la foi], p. 189 à 260 : il y traite aussi de points de détails tels que : l'élévation de l'hostie, la Fête-Dieu, etc.
3. « Si l'approbation du pape y fait besoin, possible qu'avec le temps et les remonstrances il s'en rendra capable ; le salut des âmes et le bien de l'Eglise gallicane doit aller devant toutes autres considérations » (Advis sur un point de lu lettre de M. Cayer, attribué par celui-ci à quelques pasteurs, dans sa Responce, etc., p. 7-13).
4. Ci-dessus, p. 237. On est ici particulièrement frappé «le voir chaque adversaire contester l'autorité des documents que cite l'autre : Du .Moulin cxhibe-t-il « un missel qu'il avoit préparé, clans lequel il lit voir une rubriche qui dit que les papes avoient concédé mil ans d'indulgences à qui diroit les oraisons suivantes, •> Suarez proteste : « Je luy eusse peu franchement dire que ce sont abus d'imprimeurs que l'Eglise n'approuve sans tesmoi-
C'est, par contre, au cours de discussions générales que les réformés attaquent des points tels que les prières pour les morts, la dévotion croissante à la Vierge ', traitée en « déesse -, » le culte des saints, les images ::, le célibat des prêtres. Comparée à la véhémence des critiques contre la transsubstantiation ou la papauté, l'attitude des réformés est relativement modérée. Des deux côtés on ne traite pas les questions in abstracto mais on fait autant que possible de l'actualité ■» ; et on accuse l'adversaire de « subtilité non pareille, et argutie qui ne fust jamais entrée en la cervelle d'un Carnéades •"'. »
(•nage plus évident » (Torrent, p. 11) ; par contre Suarez prête à Melanchthon des propos tout à fait apocryphes : << Sa mère lui demandoit en conscience, puisqu'il se mouroit, de luy dire quelle doctrine luy sembloit meilleure : il respondit : Mater, o mater, illa probabilior sed Romana securior » (p. 78). Chacun accuse l'autre de « falsifier l'Ecriture » (p. 98) et les Pères. Du Moulin quelques années plus tard dit, semble-t-il, plus impartialement le vrai mot : « Les Pères tiennent la pluspart que les âmes seront purgées par le feu du dernier jugement et qu'en attendant ce jour les âmes tant des bons nue des mauvais sont encloses en des réceptacles. En quoi ils ne sont suivis ni par nous ni par nos adversaires » (Défense de la foy, 1610, art. 2>. « Origène a esté inventeur de ce feu [du purgatoire] lequel voirement a esté condamné par les autres Pères en ce qu'il ne recognoit pas d'enfer ni de feu éternel » {ibid., p. 381) ; » à côté du Purgatoire Bellarmin met un pré verdoyant diapré de fleurs, où les âmes se rafraîchissent au sortir de ce feu, fondé sur l'opinion de Denis le Chartreux » etc. (ibid.).
1. On lui donne des « titres horrihles et hlasphématoires... ; voyez le psaultier de la Vierge Marie imprimé à Paris l'an 1601, réimprimé l'an 1602 chez Nicolas du Fossé rue Saint Jacques au Vase d'Or, » écrit Du Moulin à la fin de cette année 1602 (Cartel, p. 31).