AVANTAGES DES CONTROVERSES
le moyen de mettre bas les aigreurs mutuelles et faire recognoistre la vérité l. »
En tout cas chaque parti apprenait à mieux se connaître luimême et à mieux connaître son adversaire, à prendre conscience de la valeur de sa propre doctrine et de la valeur de la théologie opposée. Bien des préjugés sont dissipés. Les réformés apprennent que tel passage du missel, les catholiques que tel article de la confession de foi, n'ont pas, dans l'Eglise où ils sont en usage, le sens qu'on leur prête dans l'autre. Il y a une sorte de pénétration réciproque ; chacun est forcé de s'assimiler mieux les éléments qui font la force de l'adversaire, pour en profiter luimême ; chacun s'exerce à manier les armes par lesquelles il a été d'abord frappé lorsqu'il en ignorait l'usage : les catholiques deviennent de plus en plus familiers avec l'Ecriture Sainte, les réformés avec les Pères. Sur certains points au contraire, l'évolution de la doctrine, sa fixation plus précise, est certainement précipitée par le fait de la controverse : ainsi, dans l'Eglise romaine 1' « adoration » du pape. Pour éviter le reproche de ;< variations » et de divisions intestines, l'Eglise réformée est amenée à atténuer les différences et à multiplier les traits d'union avec les autres Eglises protestantes constituant « quasi la moitié de la chrétienté-: » l'Eglise anglicane, l'Eglise luthérienne. Ainsi, en créant de diverses manières une émulation féconde, la controverse a contribué à donner à chacune des deux Eglises rivales, au milieu du xvn' siècle, le brillant essor qu'elle n'aurait pas eu en France si elle y était restée sans concurrente, comme ce devint le cas pour l'Eglise romaine au xvin" siècle.
En arrivant à Paris de l'étranger ou de quelque province, tel prélat qui avait pourtant fait là-bas l'apprentissage de la controverse, éprouvait souvent à son détriment qu'il n'était pas au