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LA FRANCE ET LES PROVINCES-UNIES

famille et à la cour. Nous arriverons ainsi au moment précis où, par ces relations multiples et sa haute situation, Sully fut mis à même de rendre à l'Eglise un service capital en favorisant Je transfert du culte d'Ablon à Charenton.

Ses Mémoires sont naturellement la mine encore inépuisée d'où l'on peut extraire bien des matériaux : les renseignements d'ordre religieux ou ecclésiastique sont cependant moins nombreux qu'on ne pourrait l'espérer : cela tient au fait général déjà signalé ailleurs que les protestants craignirent souvent de se compromettre personnellement ou de compromettre leur cause en racontant tout ce qu'ils avaient fait pour elle.

§ 1. Provinces-Unies

« Conjoindre entièrement et inséparablement la France avec les Provinces-Unies — ainsi s'exprime Sully — , c'est le seul moyen de remettre la France en son ancienne splendeur. » Ces vues sont puissamment secondées par une princesse qu'on a souvent vue à Ablon et Paris lorsqu'elle n'est pas à la Haye : la veuve de Guillaume le Taciturne, cette Louise de Coligny dont Miehelet apprécie avec tant de sympathie l'intervention active 1. Elle désire que son fils « se ressouvienne toujours qu'il a eu une mère française 2. » A Paris se trouve souvent aussi son beau-fils Philippe de Nassau, marié à la fille du prince de Condé. Il conclut mainte affaire importante de concert avec le « député ordinaire pour les Provinces-Unies des Pays-Bas près du roi très chrétien 3. »

C'est alors François Aerssen, « chevalier, » en rapports constants avec les pasteurs et les principaux membres de l'Eglise. Comme beaucoup d'entre eux il habite au faubourg Saint-Ger-

1. Histoire de France, t. XI, p. 29. Dans les minutes de W François se trouvent des baux faits par « illustre princesse dame Loyse de Colligny, princesse douairière d'Aurange, et messire Charles de Coligny, seigneur d'Andelot » (décembre 1601, n° 493), etc.

2. Lettre de la duchesse de la Trémoïlle, Paris, 15 déc. 1598 (B. h. p., 1871, p. 484).

3. Min. François 1603, nos 344 et 355, actes signés Ph. de Nassau et Aerssen ; - - 1604, d°« 105, 259, 260, 261, 348 ; — 1606, n"s 384 et 385. En 1605 (ib., n" 90) le prince demeure quai de la Tournelle chez l'abbé de Morc'ilet.

main, rue de Tournon ; c'est par devant le notaire protestant qu'il t'ait son testament, dans des sentiments très chrétiens *.

Trois générations de diplomates de ce nom devaient se succéder à Paris, et le pasteur Daillé, qui les avait tous connus, dédiant en 1057 au petit-fils un volume de sermons-, rappelait au petit-fils la courtoisie et le mérite du grand-père, « un des plus éclairés politiques de son siècle. » P. du Moulin, de son côté, en fait un portrait flatteur en quatre mots : « ingenio acer et sermone comptus :{. » Henri IV l'appréciait beaucoup, et par l'intermédiaire de Sully l'employait à « assurer sous main et secrètement les soldats qu'il faut aux Estats des Provinces-Unies 4. » En 1(306, au moment où il est en particulièrement bons termes avec les puissances protestantes, le roi, en remerciement de cadeaux faits par les Etats à la reine, charge son ministre d'envoyer à « Madame Aerssens » (Petronille de Boire) « une enseigne [pièce de drap] ou autre chose à propos, » du prix de quinze cents escus 5 >» et Aerssen vient au palais de Fontainebleau présenter les fils du grand pensionnaire Jean van Olden Barneveldt « qui vont voir le monde ,!. »

Dès ces premières années après l'Edit, par un singulier concours de circonstances, la ville hollandaise avec laquelle l'Eglise de la capitale entretint les rapports intellectuels les plus fréquents et les plus étroits est l'une des plus petites, mais des plus anciennes cités que baigne le Rhin, la dernière avant les dunes de la mer du Nord, Leyde, au nord de la Haye. Notre pays lui doit une profonde reconnaissance, car ce fut pendant tout le cours du xvir siècle un véritable centre de culture française, non seulement pour les Pays-Bas après l'établissement d'une Eglise wallonne (1581), mais pour tous les pays protestants de l'Eu-

1. 26 janvier 1604 (Min. François, 1604, n° 29). Autre acte signé Aerssen : 1605, n- 391.

2. Mélange de sermons, Amsterdam, 1658, 2 vol. in-8° (Bib. h. pr.).

3. Lettre de 1611 aux curateurs de Leyde (Mss. de la bibl. de l'Université de Leyde), reproduite dans nos Pièces jutificatives, XXIX.

4. Mémoires de Sully, I, 414. M. Vreede a publié en 1846 à Leyde, in-8\ un intéressant recueil des Lettres et négociations de P. Choart et de F. d'Acrssen (1593-96 ; 1602-6). Cf. Nouaillac, Lettres inédites de F. d' Aerssen à ./. Valcke, thèse de doctorat es lettres, Paris, 1909.

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