CHAPITRE VI
sully et l'église de paris questions de politique extérieure et intérieure
i. - sully et les puissances protestantes étrangères
leurs représentants a paris
leurs rapports avec l'église réformée
ii. l'homme privé, le croyant. - iii. transfert du lieu
d'exercice
§ 1. Provinces-Unies. — L'ambassadeur hollandais Aersscn. - - L'université de Leyde, centre d'études françaises.
§ 2. Genève. — Relations politiques, religieuses, familiales, entre Paris et Genève. — Théodore de Bèze, seigneur de Claye.
§ 3. Angleterre. — Mission de Sully à Londres. - Le roi-théologien Jacque Ier.
§ 4. L'homme privé ; le croyant. — Mésintelligence avec le duc de Bouillon. — Résistance aux convertisseurs. — Profession de foi. — L'Institution et la Bible de Sully. — Culte domestique. - Séjour et cultes à Rosny. - - Portrait de Sully. — Sa vie chez lui, à l'Arsenal. — Son entourage. — Ses adversaires. — Brouille et réconciliation avec le roi.
§ 5. La faveur royale. — Sully et Du Moulin à Châtellerault. — Le transfert accordé par le roi. — Sully à Ablon. — Assistance au prêche et à la cène. — Les prétendants de Mlle de Béthune. — Laval. - - Rohan. — Le contrat. — Un grand mariage et une petite mariée. — Sully duc et pair. — Le roi et les réformés en 1606.
§ 6. Le transfert du lieu d'exercice. --Où était Sully à ce moment. — Part de S. de Calignon. — Baptême des enfants du roi et baptême des enfants protestants. — Lettres patentes. — Charenton préféré à Ivry. — Les commissaires. — Fontainebleau et Charenton.
Tandis que la controverse passionnait ainsi les esprits, l'assemblée du clergé d'une part, les synodes et autres assemblées protestantes d'autre part, réorganisaient les deux Eglises en présence, et une sorte de duel se livrait entre deux hommes appelés par leurs fonctions respectives à approcher le roi presque journellement : le P. Coton et Sully. Leur influence alternative se reconnaît dans maint acte d'Henri IV pendant la période qui va de 1603 jusqu'à la fin de sa vie. En 1605 le conflit est particulièrement aigu : dans l'affaire de la pyramide, le P. Coton a le dessus, mais ensuite Sully rentre en faveur plus qu'il ne l'a jamais été. En réalité le roi cherche, par des concessions succès-
sives, à tenir la balance égale entre ses sujets des deux religions. A Paris plus encore qu'ailleurs c'était une tâche des plus délicates, dans laquelle Sully le seconda de toutes ses forces.
Peu d'hommes ont rendu à la France autant de services « utiles et loyaux *, » qu'il le fit en restaurant la prospérité nationale après tant de guerres civiles et étrangères. Et peu d'hommes ont été aussi vivement critiqués, car il servit souvent l'intérêt général au détriment des intérêts particuliers, sans négliger, d'ailleurs, l'habile gestion d'une grosse fortune personnelle. Plus d'une fois, ses coreligionnaires crurent avoir à se plaindre de son peu de dévouement à leur cause. S'il résista aux efforts des catholiques pour ébranler ses convictions personnelles, il ne se laissa pas davantage entraîner par les protestants à fréquenter autant qu'ils l'eussent désiré leurs assemblées politiques et ecclésiastiques : il craignait d'y aliéner quelque chose de son indépendance et de son autorité. Pourtant il aimait s'entourer, à Paris, de fonctionnaires protestants sur la probité desquels il pût compter : ainsi s'explique le nombre des réformés employés dans l'administration centrale des finances. Ses familiers, ses secrétaires les Arnault, les gens de sa maison, tous sont protestants.
De même, préparant avec le roi le gigantesque projet pacifique d'une confédération des Etats d'Europe, il s'est particulièrement attaché aux négociations avec les puissances protestantes, dont les représentants paraissent, à leur tour, dans l'histoire de l'Eglise réformée de Paris : Hollandais, Suisses, Anglais.
Nous en dirons d'abord quelques mots, partant ainsi des points en apparence les plus extérieurs à notre sujet, pour nous rapprocher peu à peu du centre, et suivre Sully jusque dans son cabinet de l'Arsenal. Il ne saurait être question d'entreprendre ici une étude complète, encore à faire, sur Sully ; en nous bornant à ce qui intéresse de plus ou moins près le protestantisme parisien, nous aurons déjà à voir tour à tour Sully au milieu de ses coreligionnaires de l'étranger et de France, puis dans sa
1. Ces* qualificatifs figurent dans le titre des deux in-folio publiés peu avant la mort de Sully (vers 1638 probablement) et réédités en 1837 dans la collection Michaud : « Mémoires des sages et royales (Economies d' Estât, domestiques, politiques et militaires de Henri] le Grand et des servitudes utiles, obéissances convenables el administrations loi/aies de Ma.vimilian de Béthune, l'un des plus confidens, familiers et utiles soldais et serviteurs du grand Mars des François, dédiez à la France, à tous les bons soldais et tous peuples français. »