‹ L'Église réformée de Paris sous Henri IVChapitre 274 sur 558 · SULLY ET LE CULTE A ABLON · texte numérisé non relu

SULLY ET LE CULTE A ABLON

Il ne semble pas que Rosny se soit acquitté de cette mission dès son retour, en septembre, à Paris, où le roi lui fit très bon accueil *. Trois mois passèrent, et enfin la requête fut transmise, au moment où la sainte cène attirait le 25 décembre, en plein hiver, à Ablon, un nombre particulièrement grand de fidèles : « À Noël il fit cette demande au roy, qui luy accorda la demande, laquelle ne fut executtée que l'année suivante -. »

Avant de suivre, plus près de Paris, les protestants reconnaissants, rappelons ici quelques épisodes - peu nombreux — du séjour de Rosny à Ablon (le quai de la Baronie en perpétue le souvenir). Chose curieuse pour un homme plutôt avare de manifestations extérieures de piété, ici tout ce que nous savons a trait à la fréquentation du culte. On est même amené à se demander si Rosny n'a pas acheté un simple pied-à-terre, après l'installation du premier temple en 1601, tout exprès pour y descendre « chez lui » avant et après le culte, pour un ou deux jours, ou seulement pour quelques heures. Ce qui confirmerait cette hypothèse c'est qu'il ne possédait pas de terres à Ablon (comme Lobéran) et ne paraît pas y être revenu après que le lieu d'exercice tut été transféré ailleurs 3.

Le seul passage des Mémoires mentionnant Ablon est le récit d'une séance orageuse du Conseil tenu en 1603 chez le connétable pour examiner la question du rappel des jésuites. On veut forcer Rosny à parler le premier. Il refuse, disant : « La religion que je professe feroit interpréter aux esprits malicieux tout ce que j'en pourrois dire ; artifice que je laisse pour ceux qui s'y délectent, me gardant bien de rien déterminer en mon opinion sans avoir auparavant consulté mon oracle. » Sur quoi Sillery de répliquer « avec un ris jaune : Il nous faudra donc attendre, pour sçavoir vostre advis, que vous ayez fait un voyage sur les rivages de la Seine à quatre lieues d'icy ». « Monsieur, repartit Sully, vostre énigme est fort facile à deviner, et pour y satisfaire je vous dirai qu'en matière de religion nuls hommes ne sont mes oracles, mais la seule Parole de Dieu, non plus qu'en affaires politiques et d'Estat je n'en ay point d'autres que la voix et volonté du Roy 4. »

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