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LE COMMERCE. LAFFEMAS

roi de Navarre comme « tailleur valet de chambre ' » et ensuite « fournisseur de son argenterie. » Aussitôt que la pacification permet la reprise des affaires, il publie un ouvrage intitulé « les trésors et richesses pour mettre l'Etat en splendeur (1596). Pour intéresser quelques grands personnages à cet exposé de ses idées, il s'est cru obligé de leur dédier de petites poésies - - hélas très médiocres — et il y en a une dédiée à Catherine de Bourbon, dont une sœur de Laffemas épousa le secrétaire -. Dès lors, presque chaque année, et souvent à raison de plusieurs publications par an, Laffemas fait paraître, toujours à Paris, des ouvrages assez étendus ou de simples traités sur des points particuliers, par exemple la culture du mûrier3. En 1597, c'est tout un plan d'ensemble d'organisation industrielle, où l'on trouve des vues singulièrement en avance sur celles des contemporains 4 : par exemple, Laffemas conseille l'établissement d'associations très semblables à nos syndicats professionnels actuels ; constitués de telle sorte que les membres régleraient entre eux leurs conflits, dans la plupart des cas, sans recourir à la justice ordinaire.

En cette année précisément (avril 1597) un édït érigea tous les métiers en jurande, ce qui unifiait davantage l'organisation industrielle, et bientôt Laffemas fut chargé par le roi d'une sorte d'enquête auprès des principales corporations parisiennes. Pendant trois ans (1598-1600) il s'informa des vœux des industriels parisiens et en rédigea pour ainsi dire les cahiers, demandant

1. Il porte ce titre encore en 1597 où un ouvrage de lui est imprimé comme de M. << Laffemas dit Beausemhlant » ; en 1602 il s'intitule sieur de Bautort. Les lettres patentes du 15 novembre de cette année portent que le roi « désire recognoistre les longs services faits par ledit Laffemas depuis quarante ans. » D'après la légende d'un portrait dont parle le P. Lelong, Laffemas serait né en

2. Madame, vos vertus belles et magnanimes. Induisent le public s'adresser devers vous. Pour supplier Le Koy en ses biens et ses mines. Faire ce bien pour soy, bonne part aurons tous.

Un fils de Françoise Laffemas et Isaac Poupart eut pour parrain à Charenton en 1602 l'avocat Jean Arnauld. C'est à tort que la France protestante substitue à cet Isaac Poupart un Isaac de Laffemas (Fr. prot., 2° éd., t. 1, col. ;{58). Le (ils de Barthélémy qui porte ce nom est né en 1589 ; c'est le trop fameux protégé de Richelieu et Mazarin.

.'{. La France protest., 1"' éd., t. VI, p. 191, énumère vingt de ces ouvrages.

4. Règlement général pour dresst r les manufactures en ce royaume, Chez Claude de Montreuil, in-8°.

au roi « l'unité de poids et mesures, la création d'une chambre de commerce l'arbitrage des gardes-jurés sur les différends, l'ouverture d'ateliers publics pour faire travailler les pauvres, etc. 1 »

En 1604, Laffemas publie un « Recueil présenté du roy, de ce qui se passe en l'assemble du commerce, au Palais à Paris 1, » qui est un des plus intéressants documents de ce genre ; il rend compte de l'acclimatation à Paris de diverses industries étrangères et aussi d'inventions nouvelles faites par des Parisiens. Les mêmes commissaires avaient « curieusement recherché les moyens de restablir la police à Paris 3, » et Laffemas appuie « un autre grand advis pour faire nettoyer la ville de Paris tant des boues et toutes sortes d'immondices que des pauvres, auxquels on fera gagner leur vie, jusques aux plus petits enfants, en les employant aux œconomies et nourriture de porcs et volailles, qui se feront par l'entrepreneur ez environs de ladite ville, tant de ce qui sera recuellly et mesnagé des dites immondices qu'autres pastures dont on les nourrira en grande quantité, sans aucuns fraiz ni despenses, par nouvelles inventions i. » Ce projet d'assistance par le travail et d'amélioration de la voirie, tout à la fois, paraît à Laffemas « une des plus belles entreprises qui se puisse faire pour le bien public et commodité de la ville de Paris » et il espère que le Conseil de Sa Majesté rendra un arrêt conforme.

Ce plan ne fut pas entièrement exécuté, mais l'auteur fut nommé contrôleur général du commerce (15 novembre 1602) et occupa ces fonctions durant toute la fin du règne d'Henri IV, auquel il survécut peu. Or Laffemas était un membre fidèle de l'Eglise réformée, ainsi que plusieurs membres de sa famille également en résidence à Paris r>. Son premier ouvrage se termine par ces mots : « Sur ce il fault prier Dieu qui est le vray fondateur des bonnes œuvres. »

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