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LES MÛRIERS. O. DL SERRES

O. de Serres'. Dès 1596 le roi avait fait planter aux Tuileries des mûriers ; ils n'avaient alors que trois ans, mais réussirent si bien qu'en 1604 « ils paraissaient avoir plus de vingt-cinq uns-. » En 1599, durant un séjour à Paris, O. de Serres prie les éehevins d'encourager de leur côté ses efforts, et signale les jardins du roi à Madrid et Vincennes comme pouvant contenir trois cent mille mûriers :!. Après la publication du Théâtre, il est chargé d'envoyer quinze mille pieds, qui sont plantés à Madrid et aux Tuileries 4. Ces derniers, en deux ans et demi, dépassent la taille d'un homme. Ce que voyant, non seulement les courtisans - Sully, Beringhen — plantent aussi des mûriers, mais les Parisiens demandent, dans la seule année 1602, soixante mille mûriers aux agriculteurs languedociens 5 ; l'expérience en grand réussit, et la région parisienne prend place parmi celles où l'on élève le ver à soie 6. La conséquence naturelle fut, comme nous Talions voir, l'établissement de quelques manufactures de soieries 7.

1. H. Vaschalde, O. de Serres, Paris, 1887, in-8". Fagniez, l'Economie sociale de la France sous Henri IV, 1589-1610, Paris, Hachette, in-8°, 1897. Ch. I, l'Economie rurale, p. 105.

2. Laffemas, La façon de faire et semer la graine de mûrier, p. 29.

3. O. de Serres, La Cueillette de la soye par la nourriture des vers qui la font.

4. P. Cayet, Chronologie septénaire (sur l'année 1603), t. II, p. 259.

5. Laffemas, La preuve du plant cl profjit des meuriers, Paris, Pautonnier, 1603, p. 13.

6. En 1603, dit P. Cayet (Chronologie septénaire de 1605, 1. v, édition de 1811, p. 410) « il fut distribué à toutes les paroisses de la généralité de Paris des mûriers blancs et des graines avec un livre de la manière de les planter et comment il falloit nourir les vers à soye. » (Ce manuel est probablement un des petits ouvrages de Laffemas que nous allons signaler). '■ Au lieu que telle industrie [de la soie] n'estoit que pour Avignon et la Provence, à présent en la voisinance de Paris les vers à soye et les mûriers y croissent et produisent heureusement. »

7. L'un des plus ardents partisans de la culture du mûrier à Paris fut Laffemas, dont nous parlerons ci-après (Lettres et exemples de la feue rogne mère comme elle faisoit travailler aux manu factures, etc., à Paris, chez Pierre Pautonnier ; au mont S. Hylaire, rue Chartier, 1602 ; réimprimé dans les Archives curieuses de ClMBERT et Danjou, 1" série, t. IX, p. 121-136). Il commence ainsi : « Il est dict par les anciens que celuy qui peut faire puits en sa terre ne doit emprunter l'eau d'autruy, > et décrit la manière dont il a élevé des vers à soie « dans un grenier durant les gelées sans feu ny chaleur, et en outre mangeoient des feuilles de meuriers noirs ou blancs sans distinctions, ainsi qu'elles venoient ». ■ Les incrédules, qu'ils s'addressent au sieur Chabot, demeurant près du grenier à sel rue Saint-Germain à Paris,

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§ 3. Commerce et industrie

Les juges compétents admirent de plus en plus, comme une des belles périodes de notre histoire économique, l'œuvre de reconstitution des forces vives de la nation entreprise par Henri IV et Sully. Longtemps entravés par les guerres civiles, le commerce et l'industrie prennent un merveilleux essor : les protestants y ont une part tout à fait considérable, et disproportionnée avec leur nombre par rapport à l'ensemble de la population. C'est le cas à Paris notamment l. Les uns, par leurs entretiens avec le roi, par leurs écrits, ont une influence prépondérante sur les mesures d'ordre général prises à cette époque : tel Laffemas ; les autres sont les chefs de puissantes maisons de commerce, de grandes entreprises industrielles : ainsi les Canayes et les Gobelins.

Les mots Economie politique se trouvent pour la première fois au XVIIe siècle, sous la plume d'un écrivain, et c'est un protestant, Antoine de Montchrestien, sieur de Vatteville qui du premier coup, s'est classé parmi les maîtres en ces matières -, mais, sauf par la représentation de quelques tragédies, il se trouve peu mêlé à la vie de la capitale. Il en est autrement d'un autre provincial, Dauphinois celui-là, Barthélémy Laffemas.

Celui-ci n'avait pas eu, autant que Montchrestien ou O. de Serres, les moyens d'étudier les questions théoriquement, dans les livres ; il avait lui-même fait son éducation, ayant le génie des affaires. D'abord simple « facteur, » c'est-à-dire représentant d'une maison de commerce, il entre vers 1566 au service du

qui ont faict des soyes au logis de Madame, des meuriers de son jardin » (p. 128). D'après Laffemas chaque livre de soie recueillie à Paris « que l'on prise comme les estrangers » vaut « peut estre trois escus et demy » et o chaque livre de velours, satin de Gènes et autres telles estoffes, revient eu France à neuf ou dix escus. »

1. Avant le cours professé en Sorbonne par M. Réhelliau en 1910, ce fait n'avait pas encore été relevé comme il le méritait, même par le savant consciencieux qui a écrit la plus importante étude sur cette question (G. Fagniez, L'économie sociale de la France sous Henri IV, 1589-1610, Paris, Hachette, in-8°, 1897).

2. Traicté de l'Economie politique, dédié au roi/ el à la règne mère du rou, Rouen, 1615, in-4". Montchrestien est Normand et a fait imprimer hors Paris non seulement cet ouvrage, mais toutes ses tragédies. Aussi ne se rattache-t-il pas à notre étude sur le protestantisme à Paris.

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