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LES SOIERIES. LAFFEMAS

Laffemas fut avec Sully et O. de Serres le grand promoteur de l'établissement à Paris de manufactures de soieries, alimentées par les vers à soie élevés dans la région parisienne et au-delà. L'une des idées sur lesquelles Laffemas insista d'abord c'était le protectionnisme absolu pour développer l'industrie nationale ; l'entrée en France de certaines marchandises étrangères, comme les étoffes de soie, devait être rigoureusement prohibée. Naturellement les mesures prises conformément à ces idées soulevèrent de violentes protestations : les marchands de Lyon en particulier ne pouvaient se résigner à renoncer à l'importation des soieries italiennes. Avec l'appui d'Henri IV, Laffemas tint bon ; grâce à lui et on peut le dire malgré les Lyonnais de 1600, Lyon cessant d'être un simple marché de soieries étrangères, est devenu l'un des principaux centres producteurs de ces étoffes dans le monde entier. Laffemas aurait voulu donner le même essor à l'industrie parisienne mais il n'a pas eu ici le même succès.

Cependant, près de la place royale en construction au parc des Tournelles un « superbe bâtiment l » s'éleva (1004-1606) destiné à la manufacture de soie que dirigea Sainctot. Beaucoup d'ouvriers protestants du Languedoc y sont employés. Tout cela disparut après la mort d'Henri IV. Dans les environs de Paris au contraire subsista à Mantes la manufacture que Sully avait installée dans le château : deux moulins et vingt métiers y fabriquaient des « crêpes fins de Bologne, tant crespez que lisses 2. » A Paris même, un nommé Godefroy établit une manufacture de soies et de brocards qui était une entreprise relevant davantage de l'initiative privée 3.

Si les manufactures de soieries n'ont pas prospéré à Paris

1. Cette même expression est employée par Laffemas, Recueil de 1604, S 2 ft par P. Cayet, Chronologie septénaire de 1605, livre VI, édition de 1611, p. 449.

2. Fagniez, Economie sociale, p. 122 et 135. Le directeur était Noël Parent. Un membre du Consistoire de Paris portait ce nom entre 1630 et 1641 (B. h. p., 1863, p. 372). A Mantes aussi, sous Henri IV, des Rouennais fabriquaient des toiles fines et « tous autres ouvrages damassés, ouvrés, figurés ou raves d or et d'argent, ou de soie, de toute couleur ou façon » (Fagniez, p. 140).

3. Fagniez, op. laud.,p. 86. François Godeffroy Le jeune, «marchand demeurant rue Saint-Denis devant les fontaynes des Saintz Innocents à l'ymaige Saint-Martin, » est en 1568 en correspondance avec Simon Le Comte à Toulouse (Archives de l'Hôtel-Dieu de Toulouse, papiers S. LccomteL Sur Denis Godefroy, voir plus haut p. 181. Une famille de protestants rochelais entre autres, portait ce même nom.

d'une façon durable, il n'en a pas été de même de la tapisserie. 11 y avait eu dans la capitale au xvi" siècle plusieurs manufactures « que le désordre des règnes précédents avoit abolies » ; » dès son entrée Henri IV alla visiter la seule qui fût rouverte, à l'hôpital de la Trinité (1594), et il confia à deux des meilleurs tapissiers, Maurice Dubout et Girard Laurent, l'organisation d'un atelier d'abord dans la maison professe de la rue Saint-Antoine vide depuis le départ des jésuites -, puis après leur rappel, dans la grande galerie du Louvre ;! ; ils y eurent pour voisin Pierre Dupont, inventeur de tapis à la façon du Levant4. « C'étaient de véritables entrepreneurs payant leurs ouvriers, travaillant à leurs risques et périls, et dont le Roi était seulement le plus riche client... Ils recevaient toutes les commandes, sauf à augmenter leur personnel en cas de besoin \ » Or de bonne heure Henri IV avait songé à faire recruter ce personnel parmi les protestants flamands persécutés dans leur pays par le duc d'Albe et ses continuateurs ; il avait renoncé à les attirer en Béarn 6, mais plusieurs vinrent à Paris et y furent naturalisés7. Tandis que les ateliers précédemment cités ont disparu l'un après l'autre, la manufacture nationale des Gobelins continue aujourd'hui encore les traditions d'ouvriers originairement en majorité protestants.

Au commencement de 1601, M. de Fourcy avait été nommé « intendant sur le fait des tapissiers employés au service de Sa

1. Sauvai, cité par .1. Guiffrey, tes manufactures parisiennes de tapisseries au xvii' siècle. Mémoires de la Société de l'histoire de Paris et de l'Ile de France, t. XIX (1892), p. 43-292.

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