DESSÈCHEMENT DES MARAIS
mêlée de bonhomie qui rappelle le ton sévère et affectueux avec lequel Du Moulin conseille au pasteur de « tancer » son troupeau pour lui faire faire des progrès spirituels '. Et l'on se représente facilement quelle place ces Canayes et ces Gobelins, hommes de si forte trempe, occupaient à la fois dans le inonde des affaires et dans l'Eglise de Paris.
Pour donner une idée complète du rôle des protestants parisiens dans le développement économique sous Henri IV il faudrait encore noter qu'ils ont été bailleurs de fonds, actionnaires ou commanditaires, comme nous dirions aujourd'hui, dans plus d'une entreprise ayant pour objet des travaux exécutés dans les environs de Paris ou bien loin de la capitale. •
Ainsi en 1597 un Hollandais de Berg op Zoom que les documents appellent souvent d'un nom francisé : Huinphrey Bradley (Bradelet) obtint le privilège du dessèchement des marais de Chaumont-en-Vexin. Une telle opération présentant un double intérêt, tant au point de vue des terres rendues à la culture, que de l'assainissement, le roi, par édit du 8 avril 1599 lui confia l'entreprise générale du dessèchement des marais dans toute la France, notamment ce qui intéressait au premier chef les
protestants rochelais au bord de l'Océan. L'entrepreneur
s'était contenté d'abord de ses propres capitaux, puis de ceux de quelques compatriotes entre autres Marc et Jérôme de Comans et François de la Planche2. Une déclaration de janvier 1607 permit à cette société de faire appel aux capitaux français 3 ; quelques années après, ce J. de Comans dont nous avons ren-
1. Jean Canaye, de Paris, à Philippe Canaye, à Toulouse, 15 février 1568 : . Vous nous faites débiteur de 39925 livres 6 sols, et dites qu'il vous reste
à recevoir plus de 26000 livres : nous serions débiteurs de plus de 66000 livres ; » Jean conteste ces chiffres et ajoute : « Nous n'avons ny profit ny commodité du faict de Thoulouze sinon sur le pastel. •> Cf. lettre de J." Rouillé à S. Le Comte le 17 juillet 1585 lui reprochant d'avoir été malhonnête et maladroit.
2. Auxquels, en janvier 1607, Mme de Mortemart a cédé tous ses droits sur certains marais de la principauté de Tonnay-Charente (inventaire d'août 1627, Guiffrey, Man. }>ar., p. 93 ; dans cet acte « Hunfroy Gradelay » est qualifié « gentilhomme brabançon et maître des digues en France » et François de la Planche « gentilhomme flamand naturalisé François »).
3. Isambert, XV, 313-322 ; Fagniez, Economie sociale sous Henri IV, p. 26-29.
contré le nom associé à celui des Gobelins sera chargé de dessécher des marais de l'Ile de France 1.
Pendant que Sully était — depuis 1599 — le premier grand voyer de France, Bradley fut aussi chargé d'intéressants projets ayant pour but de faciliter aux marchandises l'accès de Paris par eau 2.
La mise en valeur des richesses minières de la France fut, d'autre part, une des préoccupations de Sully. Il fut le principal auteur de l'édit de 1601 qui mettait l'exploitation en régie. En 1599 on croyait qu'il allait être nommé surintendant des mines :!. Cela n'arriva pas, mais un autre protestant parisien de l'entourage du roi, Pierre Beringhen, fut nommé contrôleur, et les minutes du notaire François renferment de nombreux actes qui le montrent intéressé dans des affaires de mines et autres exploitations analogues 4.
P. Cayer, au dernier livre de sa Chronologie septénaire (1604) se plaît à signaler « plusieurs belles inventions nouvelles pour les manufactures, trouvées en ceste année, et d'autres apportées en France par les ouvriers des pays estranges ; » plusieurs de ces industries s'établirent aux portes de Paris grâce à l'initiative de protestants et souvent dans les faubourgs habités par eux. Ainsi Cayer signale « la nouvelle invention de faire des toilles et cordages des escorces de meuriers blancs, plus facilement que
1. Ceux do Larchant près Nemours : traité du chapitre de Notre-Dame de Paris avec Jérôme de Comans, 23 juillet 1611 (Denis, Lectures sur l'agriculture eu Seine-el-Marne, p. 245).
2. Projets de rendre l'Oise navigable, et de joindre la Saône à l'Yonne par un canal suivant la vallée de l'Ouche (1606). Des travaux de ce genre n'ont été exécutés que beaucoup plus tard (Cf. Fagniez, op. laud., p. 192). Dans le Recueil de ce qui se passe eu l'assemblée du commerce (1604), § 34 à .17), Laffemas avait préconisé diverses mesures pour faciliter la navigation fluviale notamment dans le bassin de la Seine, par les rivières et de nouveaux canaux.
3. Dépèche de l'ambassadeur H. Neville à Cecil 20 août 1599 (sir Ralph YVinwood, Memoricds of affairs of slate, Londres, 1725, I, 93 ; Fagniez, op. cil., p. 34). Le surintendant des mines fut Roger de Saint-Lary, duc de Bellegarde (de Thou, Histoire, VI, 156, année 1603).
4. Après la conférence de Fontainebleau « un don pour l'estat des mines » qui avait été fait par le roi à Du Plessis-Mornay fut révoqué. « J'en attendrai donc un autre, » écrit-il à Beringhen (lettre du 10 octobre 1600, dans les Mémoires de Mornay, édition de 1652, t. Ier, p. 15).