LES SERVICES FUNÈBRES
nir parmi ses paroissiens « la simplicité accoutumée, » et dans son testament, demandant qu'on l'enterre au cimetière français, il a soin de prescrire qu'on lui fasse « une toute simple et chrestienne sépulture *. »
Un de ses collègues qui, pendant sa vie, avait au contraire aime quelque peu l'apparat, le « bonhomme la Faye 2 » eut, par exception, la satisfaction posthume d'être « avec un grandissime convoy porté et enterré au cimetière. »
En province, dans les villes où le suzerain et beaucoup de petits seigneurs du pays sont protestants, des spectacles de ce genre se voyaient quelquefois à cette époque. Voici comment Se passèrent, en 1603, à Vitré (fief des Rohan), les funérailles du vieux pasteur Merlin, venu mainte fois à Paris comme aumônier de Coligny, notamment en 1572 3 : « Il fut porté au cimetière par neuf de ceux de la religion réformée de Vitré pour y estre inhumé. Les gentilshommes circonvoysins de Vitré furent conviés à l'enterrement, lesquels s'y trouvèrent et quatre gentilshommes portoyent le poêle 4, et des anciens portoyent le corps. Tous ceux de la Religion de ladite Eglise, depuis le plus grand jusques au plus petit, se trouvèrent à l'enterrement, avec infinis tesmoignages de regrets... Tous les papistes sans y penser luy firent honneur, car toutes les rues estoyent bordées d'hommes et femmes, et les fenestres des maisons garnies d'assistans et de regardans. Nul de l'enterrement ne dit un mot, qu'un paisant des champs qui rit et s'avisa de dire, passant près des fossez de la ville, qu'il falloit illec jeter le corps. » Au milieu d'une populace catholique comme celle de Paris, où ce Breton aurait eu certainement beaucoup d'émulés, cette manifestation eût éié impossible, et d'ailleurs désapprouvée par le Consistoire.
Même dans une ville exclusivement calviniste comme Genève, les pasteurs s'opposaient avec énergie à de telles cérémonies. Ils suivaient en cela l'exemple de Calvin, dont la sépulture fui si humble qu'on ignore où elle se trouvait. Bèze, de même, expri-
1. Projet de testament olographe (collection Lutteroth, Bib. h. pr.) datant de 160(5 environ. Voir nos pièces justificatives, XXV bis.
2. Comme dit son voisin du quartier Saint-Germain-l'Auxerrois L'Estoile, Journal d'Henri IV, p. 503.
:i. Diaire de son fils Jacques, extraits publiés par Gaberel, Ilisl. de VEg. de Genève, II, p. 198.
4. Nous proposons de lire ainsi un mol que M. Gaberel n'a pu déchiffrer.
ma la volonté formelle d'être enterré avec « le commun » à Plainpalais (1005). Les magistrats, n'en tenant pas compte, le firent mettre avec une certaine solennité dans le cloître de la cathédrale, mais la compagnie des pasteurs obtint que le corps ne fût pas porté sur des nappes et serviettes, à la nouvelle mode des personnes de qualité : la protestation rappelait qu' « il n'y a point de différence entre les hommes soit par rapport à la naissance, soit à l'égard de la mort, qui surprend également les grands et les petits 1. »
La question des sépultures fut une des plus ardemment débattues pendant les négociations préliminaires de l'Edit. « Les Reformez demandaient avec une grande instance qu'il n'y eût pour les catholiques et pour eux que les mêmes cimetières... Les enterrer à part c'étoit les soumettre aux canons qui excluent les hérétiques des cimetières ordinaires : c'étoit par conséquent les noter comme tels et les exposer par une marque flétrissante à la haine des catholiques... Il ne sembloit pas que les Reformez pussent espérer de vivre en paix avec des gens à qui on permettoit de porter leur haine plus loin que la mort 2. »
Mais ils n'obtinrent pas gain de cause. L'article 40 du projet primitif, stipulant l'admission des protestants dans les cimetières catholiques en certains cas, ne fut pas enregistré par le Parlement de Paris 3. On s'en tint donc au système des édits précédents, prescrivant de pourvoir les réformés d'un lieu à part pour les sépultures ; d'après l'édit de 1570 ce lieu devait être « le plus commode que faire se pourra, » mais il n'était pas mis gratuitement à la disposition de ceux qu'on excluait, malgré eux, des cimetières communs : ils devaient faire l'acquisition à leurs frais. L'Edit de Nantes reproduit (art. XXVIII et XXIX) la plupart des dispositions antérieures, emploie le même terme que pour les lieux bénits, et ajoute : « Les cimetières dont ils [les réformés] ont été privés à l'occasion des troubles leur seront rendus, sinon qu'ils se trouvassent à présent occupés par édifices et
1. E. Choist, l'Etat chrétien calviniste au temps de Bèze, p. 372 et 456. Dès le 29 octobre 1599 le Consistoire s'était plaint que les personnes de qualité fussent portées en terre par d'autres que les « commis », voire la plupart « à mains basses sur serviètes et panemains contre la modestie et ordre ancien. »