CIMETIÈRE DE LA TRINITÉ
bastimens, de quelque qualité qu'ils soient : auquel cas leur en sera pourvu d'autres gratuitement. » Les magistrats et officiers de police chargés de veiller à la « conduite des corps morts » ne devront pas non plus exiger aucun salaire de la part des familles, ni de l'Eglise 1.
Parmi les articles secrets s'en trouve un (XLV) qui interdit en général de faire déterrer les corps inhumés dans les cimetières catholiques, et renferme en outre une clause spéciale à Paris : « Outre les deux cimetières que ceux de ladite religion y ont présentement, à savoir celuy de la Trinité et celuy de Saint-Germain, leur sera baillé un troisième lieu commode pour lesdites sépultures aux fauxbourgs Saint-Honoré ou Saint-Denis. » Ce dernier paragraphe resta lettre morte. Nous allons voir maintenant ce qui concerne les deux autres cimetières. Ils avaient ces caractères communs d'être l'un dans un faubourg, l'autre dans un quartier excentrique, ce qui n'était guère « commode, » et tous deux dans le voisinage immédiat des voiries où l'on enfouissait les cadavres d'autres gens exclus des lieux bénits par raison d'hygiène publique : les pestiférés et les lépreux !
§ 2. Cimetière de la Trinité
L'hôpital de la Trinité avait été fondé en 1202 à quelques centaines de pas hors de l'enceinte de Philippe-Auguste, rue Saint- Denis - ; presque en face se trouvait l'église Saint-Sauveur. Ce quartier se trouvait depuis Charles V dans l'intérieur de la ville, au sud de la porte Saint-Denis. On recueillait là « les pauvres enfants masles qui n'ont père et mère, » et on les habillait de vêtements bleus :î ; les amendes infligées par le Parlement étaient souvent destinées à leur entretien : ce fut, pendant les persécutions, le cas des sommes versées par maint protestant arrêté
1. Cf. Conférence des édita de pacification, par P. dk BELLOY, dédiée à Henri IV (février 1600) ; cf. B. h. p. 1862, p. 351.
2. Vers le n° 164 actuel un passage garde encore ce nom. La muraille était vers le n" 114 après l'impasse des Peintres.
3. Lorsqu'on monte la rue Saint-Denis en venant de la rue Grenela, on voit à droite, n" 146, communiquant avec la rue par une voûte faisant partie d'une vieille maison, la cour des Bleus. La chapelle devait être entre cette cour et la rue Greneta qu'elle n'atteignait pas. C'est doue l'emplacement de l'ancien hôpital qu'on traverse en passant sous quatre maisons avant de déboucher 15, rue de Palestro.
dans le voisinage : ainsi Ph. de Gastines K Derrière l'hôpital on enterrait les pauvres qui y étaient décédés, et aussi les gens qui mouraient en ville pendant les épidémies : par exemple en 1413 on creusa quatre grandes fosses pour deux mille quatre cents victimes de la peste -. Ce cimetière présentait la particularité d'être le premier à Paris où l'administration municipale eût un droit de perception sur les sépultures, dès le xive siècle3.
Sur le Vray pourtraict naturel de la ville, etc., publié à Paris par (). Truschet sous Henri II, on voit très bien le « cimetière de la Ternité » : trois rangées de bâtiments le séparent des rues voisines : Gairin Boisiau, Saint-Denis et Garnetal ; vers le milieu, un calvaire et plusieurs tombes ; à l'est, un mur percé d'une porte donnant sur une petite place.
Sur le plan de Du Cerceau (1555) au nord-est de cette porte est aussi figuré un espace planté d'arbres. Sur le plan de Quesnel ( 1 609) le dessin des maisons fait que cet espace n'apparaît presque plus. Mais on le voit très bien sur les plans de Mérian (1615) et de Tavernier (1628). Gomboust (1652) qui signale rue des Saints-Pères le Cimetière des prétendus réformés, ne donne aucune indication semblable près de la Trinité, mais figure, au nord, des terrains vagues auxquels aboutit la « rue des Basfours. » Après la Bévocation La Caille 4 représente le « cul-desac de Basfour » finissant à un terrain rectangulaire planté d'arbres, dont la limite septentrionale est séparée de la rue Guérin Boisseau par des bâtiments appartenant à des particuliers.
A ces plans connus il convient d'en ajouter un que M. Bead avait découvert aux archives de l'assistance publique, daté de 1697. On y distinguait la partie du cimetière affectée à la sépulture des protestants « au bout septentrional du cimetière, vis-àvis de la rue des Basfours 5 » : la superficie était de 63 toises, sur 1.172 que mesurait l'ensemble du cimetière, soit environ deux cents cinquante mètres carrés seulement c.
1. « Aux enfans de la Trinité, 200 livres parisis », le 30 juin 1569 (Chespin, Hist. des martyrs, éd. de 1597, f. 701, v°).
2. Journal d'un bourgeois de Paris sous Charles VI et Charles VII. Cf. Lei.ei'f, Hist. de Paris, éd. Cocheris, t. II, p. 462.