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TRAITEMENT DES PASTEURS

vaient par quartier cent écus *. Les pasteurs d'une grande Eglise comme Paris recevaient probablement davantage -. Prenons ces cent écus comme un minimum. Cela fait 600 livres par trimestre, 1.200 par an. Pour avoir la valeur actuelle, de bons juges en cette délicate matière estiment qu'il faut multiplier par 0 : ce qui donne le chiffre de 7.200 francs. Or, au xixp siècle sous le régime des « articles organiques, » depuis le décret du 11 août 1808 jusqu'à la séparation des Eglises et de l'Etat en 1905, les pasteurs de Paris recevaient 3.000 francs de traitement, plus une indemnité de logement, et de la part de leurs Eglises mêmes divers suppléments : ce qui faisait, trois siècles plus tard, une somme à peine égale à celle-là 3.

1. En 1598 les 88 Eglises de l'Ile de France, Picardie, Champagne et Brie reçoivent 4.631 livres, ce qui fait une moyenne de plus de 400 livres par traitement pastoral ; en 1601 pour 68 églises 3.566 1., en 1603 pour 62 : 7.969 (pour deux ans, je pense) ; en 1607 pour 68 : 3.027 (48 pasteurs, 2 à la retraite, 5 portions supplémentaires (peut-être pour les pasteurs de Paris ?) cf. Quick, Synodicon, I, p. 198 à 276. Quarante ans avant l'Edit de Nantes un pasteur de Paris, Macard, recevait pour traitement une somme que Calvin juge « exiguë : » c'est celle même que le réformateur offrait alors au père de Josias Mercier s'il consentait à quitter le Collège de France pour venir enseigner l'hébreu à Genève, et cette somme était fixée à deux cents livres. Mais il y avait en outre, à Genève, « une maison assez agréahle et spacieuse » pour le professeur, tandis que l'Eglise de Paris n'avait pas de presbytère à offrir à son pasteur (Lettre de Calvin à Mercier, 16 mars 1558 ; Calvin à Macard, même jour ; Calvin à Mercier, 17 octobre 1563 : Opéra Calvini, XVII, p. 94 et 98, XX, p. 170). Ecrivant à la duchesse de Ferrare, Renée de France, à propos d'un autre professeur de Genève, Calvin s'exprimait ainsi (10 mai 1563) : « Ses gaiges sont sy petis, comme de nous tous, qu'il luy seroit impossible d'en vivre, s'il n'avoit support d'ailleurs pour le soulager de ses charges » (Opéra, XX, p. 17).

2. Les Loix et reglementz de V Académie et Collège y furent publiés le 22 octobre 1600 (E. Doumergue, Discours de rentrée de la Faculté de théologie, Revue de Théologie, p. 486, Montauban, 1910).

3. M. d'Avenel (la Fortune privée à travers sept siècles, Paris, 1895, p. 37, 70, etc.), arrive à une moyenne de valeur de 5 fr. 91 pour une livre. M. de Fé'l ice, à l'aide de nombreux documents publics et privés concernant les protestants et plus spécialement le traitement des pasteurs, aboutit à peu près à la même conclusion, et multiplie par 6 (les Prolestants d'autrefois, les Pasteurs, Paris, 1898, ch. VII, situation matérielle ; cf. p. 246 et passim). Il ne cite pour Paris aucun chiffre avant 1643 où le P. Véron dit que 'es pasteurs recevaient 1800 livres (Discours avec la Réfutation, etc., p. 563 et 617). En 1640-41, à Sedan, P. du Moulin reçoit comme étant à la fois « ministre de la parolle de Dieu et professeur de théologie, » une « pension » de 1.500 livres tournois (Comptes aux archives du trib. de Sedan, B. h. p.,

D'après un « brevet » de 1598 * une partie des traitements pastoraux devait être payée par l'Etat en échange de certains impôts (la dîme) que les protestants continuaient à payer aux ecclésiastiques catholiques, d'après l'Edit. Ces « deniers de la libéralité a furent, sous le règne de Henri IV, grâce à Sully, plus facilement versés que ce ne fut le cas ensuite -.

Cependant le sieur Pallot, « commis à la recette générale des deniers de Sa Majesté » disait n'avoir pas toujours de quoi satisfaire les Eglises. Celle de Paris précisément, en 1601, est chargée par le Synode national de « faire le reste des poursuites » contre lui 3. Deux ans après c'est un membre zélé de l'Eglise, M. de Maupeou, qui est nommé par le roi « commissaire député » avec M. de Beaumarchais « pour voir les comptes de Pâlot 4. » Quelques mois plus tard le Synode de Gap traita longuement cette affaire et donna des instructions au successeur de J. Pâlot destitué, Isaac du Candal, seigneur de Fontenailles "• qui habite Paris.

Dans les attributions de l'Eglise de Paris rentraient aussi certaines fonctions de surveillance qui ont disparu de la notion moderne de l'Eglise - - c'était un reste (ou une réapparition) des censures catholiques - : la charge d'examiner les livres récemment composés, et d'en autoriser ou non la publication. Ainsi en 1601 le Synode national donne à l'Eglise de Paris mandat « de recevoir trois livres : l'un intitulé Apparatus ad fidem orthodoxam, l'autre Avis pour la paix de l'Eglise et du roiaume de France, le troisième Vœu pour la France, et d'examiner soigneusement si les propositions qui en ont été extraites y sont contenues, et s'il y en a quelqu'une qui n'y soit point contenue, la rayer des actes du Synode de Montpellier et avertir les pro-

1. Bib. nat. ms. i'r. 20965, 3 avril 1598. P. de Félice, les Conseils ecclés.,

2. Les réformés, dit Benoit (Hist. de l'Edit, I, 234) « n'en jouirent guères

plus de vingt ans. »

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