L'Estoile, Journal, I, p. 281, 2 mars
faire un lour au roy, l'alla dire à l'assemblée qui estant nombreuse lit un grand bruit en chantant. « Qu'est-ce ? » dit le roy. On le lui expliqua. « Mon Dieu, dit-il à sa sœur, allez vite et qu'on ne chante plus 1. »
On comprend combien cette maison de Madame où l'on priait en toute circonstance avec tant de ferveur, où même parfois retentissait le chant des Psaumes, devint chère aux réformés. C'était pour eux un centre de ralliement, le symbole de leurs espérances. L'Estoile raconte à ce sujet un petit événement où les protestants virent une parabole. La cour était en Picardie et Madame, malade et couchée, recevait la visite de son frère, quand soudain le plancher de la chambre s'écroule. Le roi n'eut que le temps de se jeter sur le lit, « tenant son petit César entre les bras. » « Ceux de la religion l'allégorizèrent, » ajoute le conteur, « disant que le lit de Madame estoit leur religion qui demeurait toujours debout au milieu des ruines et que le Roy l'ayant quittée serait contraint d'y revenir pour se sauver... Laquelle allégorie un seigneur de la cour fit entendre au Roy, qui en rit et y pensa possible tout ensemble 2. »
Les catholiques naturellement avaient des désirs contraires à ceux des réformés. Ils sentaient combien plus définitive serait la conversion du roi si elle était suivie de celle de sa sœur. Aussi tous les moyens pour l'obtenir étaient bons : propositions de mariage, controverses théologiques, retards dans le versement des sommes nécessaires à l'entretien de sa maison. En 1594, par exemple « les trésoriers faisaient jeusner Madame 3. »
Trois ans après, « au jour de quaresme prenant, » on trouvait répandus partout dans le Louvre et les rues avoisinantes des placards indiquant fort clairement au roi la conduite qu'on aurait voulu lui voir suivre. Ils commençaient ainsi :
Les dix commandements au Roy.
« Hérétique point ne seras, de fait ni de consentement. Ta bonne sœur convertiras par ton exemple doucement. Tous les ministres chasseras et huguenots pareillement -J. »