LA FAMILLE BIGOT
et de compassion. Votre chambre est une école des mystères de Dieu l. »
Mais il y a un revers à cette médaille : à côté de bienveillants pasteurs, les Bigot ont eu le malheur d'avoir des parents fort malicieux, les Tallemant, qui nous ont laissé des portraits beaucoup moins flatteurs -.
« C'est une assez bonne famille, concède T. des Réaux, mais il n'y a point de gens au inonde qui s'estiment plus les uns les autres que ceux-là. Jacques (celui dont Daillé faisait si grand cas) avoit fait un arbre généalogique de leur famille et escrivoit soigneusement la naissance de tous les enfants issus de Bigots ou de Bigottes ; c'est pour cela que l'abbé Tallemant appelloit cette famille la maison d'Autriche 3. »
L' « homme vivant et mourant » de Charenton en 1606 était l'aîné de cette branche ; dès 1608, à dix-neuf ans, il fut pourvu d'un office de conseiller secrétaire du roi ; plus tard il devint contrôleur général des gabelles. C'est lui qui hérita du petit manoir paternel et de la terre de la Honville, dans le Hurepoix, à l'est de Grigny et au sud-ouest du Plessis-Mornay 4.
La façon dont il y pratiquait l'hospitalité était peu agréable, toujours au dire de Tallemant : « La Honville est située entre le chemin de Lyon et le chemin d'Orléans, de sorte que cet homme espie tous ceux de sa connaissance qui prennent l'une ou l'autre de ces deux routes, pour les prier de loger chez lui : non pas qu'il y prenne un si grand plaisir, mais par vanité ; car quand on luy a conseillé de se délivrer de cette servitude qui luy a cousté bon, il a respondu que ses pères en avoient usé ainsi et qu'il ne vouloit pas dégénérer. Il y mène souvent ses sœurs et leur mesgnie » ; elles étaient quatre et leur « mesgnie » ou maisonnée, enfants et domestiques, était nombreuse ; « quand il est dans la cour il descend le premier et leur fait un compliment avec autant de sérieux que s'il recevoit M. le chan-
1. L'épître dédicatoire est de Noël 1651 ; nous la citons d'après la réimpression de 1658 (I)aillk, Mélanges de serinons, p. 5241. .T. Bigot était mort en 1653.
2. Pierre Tallemant, sieur de Bonneau, épousa Anne Bigot, fille de Nicolas Bigot de la Honville.