Pièces justificatives, XIX
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religion prétendue réformée, » mais ce texte ne mentionne pas l'exercice du culte ; et, le jour même, J. Le Bossu faisait une nouvelle protestation — la cinquième au moins — par devant
notaire *.
Le procédé employé en ce cas et en d'autres semblables à propos de biens de main morte était le suivant : il assurait aux réformés la paisible possession du « domaine utile » et sauvegardait cependant les droits du seigneur qui restait toujours, au point de vue féodal, détenteur du « domaine éminent. » Les réformés désignèrent un « vicaire », « homme vivant et mourant ; » ils arrivèrent ainsi à « mettre fictivement la tenure acquise par l'Eglise sur la tète d'une personne déterminée ; celle-ci, quant aux rapports avec le seigneur, était considérée comme le véritable propriétaire et à son décès le relief était dû -. »
Pour éviter autant que possible le paiement fréquent de cette sorte d'équivalent d'un droit de succession, on choisissait souvent un tout jeune homme, dans l'espoir qu'il vivrait bien longtemps 3 ; c'est, pensons-nous, ce qui eut lieu pour Charenton. En
1. M. Read a publié l'acte de foi et hommage, d'après un ms. des Archives impériales S. 4668 (B. h. p., 1854, p. 430). Comme tous nos lecteurs n'auront pas ce recueil à leur disposition, nous en extrayons seulement ce qui complète nos Pièces justificatives (contrat d'acquisition du 23 août) quant à la désignation du terrain : « Trois arpens de jardin ou environ, la totalité desdits lieux clos de grosses murailles, tenant d'une part au grand chemin par lequel on va de ladite ville de Paris audit Charenton-Saint-Maurice, d'autre part à une pièce de terre appartenant audit sr Le Bossu, par laquelle il permet que l'on voise et vienne dudit Charenton au moulin de la Chaussée, aboutissant d'un bout à une ruelle par laquelle on descend dudit grand chemin de Paris pour aller audit moulin de la Chaussée, et d'autre bout à une petite maison et jardin contenant un quartier ou environ, tenant aux bergeries de la grande maison. Item la largeur d'une toise de terre à prendre tout le long dudit grand chemin au devant de ladite grande maison, en une pièce de terre cydevant plantée en cerisaye. » A la p. 433 suivante, M. Read a publié un résumé de la protestation de J. Le Bossu par devant Turgis et de Rige, notaires : « Affirmant ledit sieur Le Bossu que le reculement de sadite poursuite est procédé du commandement verbal qui luy a esté fait de la part de Sa Majesté tant par Messieurs les chancelier et garde des sceaux que par Messieurs de Chateauneuf et président Jeannin, pour la révérence duquel commandement il a surcis ladite poursuite. »
2. Esmein, Cours élémentaire d'histoire du droit français, Paris, 1893, p. 265.
3. Ainsi l'Eglise de Mer en 1658 désignait comme <■ homme vivant et mourant » un enfant de onze ans (P. de Félice, Protestants d'autrefois, les Conseils ecclésiastiques, 1899, p. 76).
« l'homme VIVANT ET MOl'IUNT » 4 13
effet la personne choisie par le Consistoire « nommée » par Me Elie Bigot et son collègue, et dont Le Bossu « s'est contente pour homme vivant et mourant » est « M" Nicolas Bigot, conseiller notaire et secrétaire du Roy et de ladite maison et couronne de France, fils de Me Nicolas Bigot, aussy conseiller secrétaire de ladite Majesté et de ladite maison et couronne de France 1 » ; il demeurait « à Paris rue Sainte Croix de la Bretonnerie, » d'après la procuration donnée par le Consistoire.
Or ces nom et prénom de Nicolas Bigot furent portés pendant trois générations par le père, un frère et un neveu d'Elie Bigot, membre du Consistoire -. Nous pensons que le premier était mort à cette époque, et que par conséquent 1' « homme vivant et mourant » est le troisième, âgé de dix-sept ans seulement : il remplit cet office à l'égard de trois générations de la famille Le Bossu, pendant soixante-trois ans, car il vécut bien au delà de la période que nous étudions et ne mourut qu'en 1669 3.
Les membres et alliés de cette famille Bigot qui furent baptisés et mariés à Charenton et inhumés à Paris sont extrêmement nombreux. Apparentée à plusieurs autres bonnes familles de l'Ile de France elle représente bien le type de la bourgeoisie parlementaire pourvue de charges avantageuses dans l'Etat et de fonctions honorables dans l'Eglise, et mérite, à ce titre, de retenir un instant notre attention.
Ils prétendaient avoir été anoblis par Charles V et portaient <t de sable à trois têtes de léopard d'or 4. »
1. » Reconnaissant, ajoute l'acte de foi et hommage, ledit S1' Le Bossu avoit esté satisfait du quint denier et des droits de lods et vente qui luy pouvoient appartenir suivant la coutume. »
2. M. Read n'a pas examiné ce détail ; il se borne à dire : « M. Bigot était sieur des Marais et de la Honville » {B. h. p., 1854, p. 431, n. 1).
3. A l'âge de quatre-vingts ans, s'il était né, comme l'indique la France protestante (2" éd., t. II, col. 553), en 1589 ; on lit là (à tort, croyons-nous) comme s'appliquant à son fils (un autre Nicolas encore) la date 1669 qui nous paraît être la date de décès du père. Vn cinquième Nicolas Bigot, sieur des Roches, aussi neveu d'Elie, appartient à la branche aînée comme fils de Jacques Bigot, sieur de Gournay, conseiller et procureur général au grand conseil, mari de Catherine Bongars et petit-fils de Nicolas I. Si notre conjecture est exacte la Fr. prot. se trompe également en disant (pie Nicolas Bigot fut pourvu en 1608 d'un office de conseiller secrétaire du roi. La mère de Nicolas Bigot était morte en 1602 : c'était la « très honorable dame » Marie Garrault aux obsèques de laquelle Casaubon avait assisté avec tant d'émotion. Voir ci-dessus, p. 396.
4. TALLEMANT, Historiettes, notes à l'édition Mnmmcrqué, V, ESI.
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Un premier Nicolas Bigot 1, seigneur des Marais, conseiller du roi, procureur général au grand conseil, avait eu six fils et deux filles : le quatrième fils, Nicolas II, était né en 1558. Intendant et contrôleur général des gabelles, conseiller secrétaire du roi en 1588, il était depuis 1593 conseiller secrétaire des finances ; en 1598 il figure comme parrain sur les registres de l'Eglise de Paris - ; resté veuf avec sept enfants il se remaria bientôt, devint secrétaire ordinaire de la chambre du roi en 1615, conseiller d'Etat en 1616.
Il vivait encore, mais en fâcheux état de santé, en 1625 : le pasteur de Charenton Mestrezat lui dédiant alors trois sermons sur <( le fruit de la communion '■'>, écrivait : « Ce que dit saint Paul, que combien que nostre homme extérieur se dechée, l'intérieur est renouvelle de jour en jour, est la vraye consolation du fidèle en toutes les infirmitez de ce corps ; cette méditation est celle qui vous est familière dans les fréquentes infirmitez et indispositions corporelles de vostre vieillesse, en laquelle je sçay que vous vous recognoissez avec joye estranger en la terre, en espérance d'un meilleur pays, à sçavoir du céleste. C'est cette piété qui m'ayant esté à consolation singulière, comme elle est à édification à tout nostre troupeau, m'a induict (outre plusieurs obligations que j'ay à vostre bienveillance) de vous présenter ce traicté. »
Les fils héritèrent de certaines vertus du père, et furent aussi favorablement appréciés des pasteurs : ainsi Daillé dédie à Jacques Bigot, sieur de la Bainville, conseiller d'Etat, contrôleur général de l'extraordinaire des guerres, deux sermons « sur la conversation de la bienheureuse Vierge et de Sainte Elizabeth ; » le destinataire est cette fois encore un vieillard malade et le pasteur lui dit : « Votre vertu ne nous cause pas moins d'admiration et de joie que vos souffrances nous donnent de douleur
1. France prof., 2r éd., t. II, col. 551. Cet article est à compléter et rectifier sur divers points.
2. Dans le B. h. p. de 1872, p. 221 on a imprimé à tort Bizot (octobre 1598, baptême de Jean de Gueribalde ; la marraine est demoiselle Ester Arnaud).
3. <• Du fruict cpii nous revient de la communion à Jesus-Christ, et de la manière de nostre justification, ou trois sermons sur l'ep. aux Ephésiens eh. II. A Sedan par .1. Janon (sic), et se vendent à Charenton, » etc. Petit in-8° de 220 pages.