MAISON DU CONSISTOIRE
de Louvigny, orfèvre, ancien valet de chambre de Madame et alors valet de chambre du roi 1.
Quant au château, lorsqu'il devint disponible, il fut aussi loué, et peut-être dès cette époque (en tout cas avant 1621) les locataires portent-ils un nom qui va devenir illustre moins dans l'histoire de Charenton que dans celle de Port-Royal : c'est la famille Arnauld. Jusqu'après l'achèvement du temple le culte fut célébré dans la grande salle du château et, en cas d'affluence, dans la cour.
Une autre salle, de même, servit d'abord aux réunions du Consistoire. La maison consistoriale ne fut construite qu'en 1613, à l'ouest du temple, du côté de la cour opposé au château, contre une vieille petite bâtisse qui servit de logement au concierge. Ce personnage faisait aussi métier de restaurateur entre les deux services du dimanche, si l'on en juge par les « huit ou dix pièces de vin » et les provisions qu'on trouve dans sa cave en 1621 2. La maison consistoriale subsiste encore, augmentée d'une aile et surélevée d'un étage qui a remplacé sans doute un haut toit d'ardoise, à forte pente, dans le genre des hôtels de la place Royale et de la place Dauphine à Paris, ou des bâtiments donnant sur la place d'armes et la cour Henri IV à Fontainebleau. La construction de 1613 ne comportait qu'un rez-de-chaussée et deux étages. En haut de 1' « impasse Junot » actuel un escalier, qui bifurque bientôt, conduit à droite et à gauche de cette maison. La cour de l'est (ancienne cour du temple) est de plain-pied avec le premier étage ; la cour de l'ouest est au niveau du rez-dechaussée. Celui-ci était partagé en deux pièces : la chambre des méditations réservée aux pasteurs arrivant de Paris, pour se reposer et se recueillir avant le culte ; et la salle du Consistoire, assez vaste pour avoir pu servir aux réunions d'une quinzaine d'assemblées provinciales et de trois synodes nationaux (1623, 1631, 1645).
Cinq chambres à chaque étage furent louées à des protestants,
1. Archives nat., S. 4G05-6 ; Douf.n, Révocation, I, 112 et 117 ; il y a eu des Louvigny alliés aux Hosny (Fr. prot., 2" éd., II, 480), aux Bigot (Ibid., 553 et 555), aux Bédé (/'/>., 194), aux Bazin (/'/>., I. 1084), dans la région parisienne, et aux du Tertre dans le Boulonnais (/'/»., V, 1083 et /?. /i. /)., 1901. p. 504). Cf. Pièces justificatives, XXII (arrêt de 1609 concernant, entre autres, P. de Louvignyk
462 l'église réformée de pahis sors HENRI IV
membres du Consistoire ou autres, qui y venaient dès le samedi ou s'y retiraient entre les services du matin et de l'après-midi 1.
Enfin dans la cour, sans doute à droite et à gauche de l'entrée principale du temple 2, quelques libraires de Paris furent autorisés à établir de petites boutiques, probablement en matériaux légers qui restaient démontés dans quelque coin de la maison, avec les caisses de livres. L'Edit (art. XXI) défendait de vendre ni d'imprimer les ouvrages protestants ailleurs qu' « es villes et lieux où l'exercice est permis ; » cependant la littérature qui « se vend à Charenton » suivant la formule de la première page, a souvent été imprimée à Paris.
Mais l'Edit est rigoureusement appliqué quant à l'interdiction des écrits rangés par les appréciateurs catholiques dans la catégorie des « libelles et écrits diffamatoires. » Nous en avons un curieux exemple dans une nouvelle édition revue et corrigée, et... diminuée, de la poésie par laquelle les réformés parisiens exprimaient naïvement la joie de pouvoir célébrer leur culte.
Ils ne se sont pas mis en frais d'imagination ni de versification nouvelle. Les Louanges d'Ablon* sont simplement devenues les Louanges de Charenton 4.
Charenton, cher hameau Que ce hel œil du monde Void sur le bord de l'eau De la Marne profonde...
On a mis au point, par souci d'exactitude, tel couplet relatif aux moyens de transport, de plus petites barques étant utilisables pour faire un trajet moins long : avant 1606 on disait :
Quand ton basteau couvert sur la Seine nous porte Où Christ nous a ouvert du Ciel l'Arche et la porte.