Ephémérides, éd. Russell, p
Le voyage par eau présentait souvent d'aussi graves inconvénients. Ainsi Casaubon, parti de grand matin un dimanche d'été, risque de périr noyé avec plusieurs des siens, dans une collision avec un plus grand bateau. Le récit vaut la peine d'être cité en entier ; on y voit quelle place la lecture de la Bible et le chant des psaumes occupaient non seulement au temple, mais pendant le trajet :
« Bien qu'il ne lût pas encore sept heures nous n'avons trouvé qu'un petit bateau en assez mauvais état et n'ayant pas de tente comme ils en ont habituellement. Nous hésitâmes, mais le désir d'accomplir nos devoirs religieux l'emporta, et nous entrâmes dans ce batelet. Le batelier prit la corde et se mit en marche sur la rive, halant notre frêle embarcation. Déjà la plus grande partie du chemin était faite lorsqu'une barque de plus grande dimension, conduite par deux forts chevaux, atteint notre bateau qu'elle choque et fait violemment vaciller de côté et d'autre. Combien ton puissant secours, ô Dieu, nous était nécessaire, et combien nous l'avons éprouvé ! L'avant de la barque qui venait sur nous touche notre embarcation..., elle comence à se remplir d'eau, et à couler. C'en était fait de nous, si la Providence ne nous eût sauvés. Ma sœur et mon fds montèrent, non sans peine, dans le grand bateau, secondés par les témoins de notre péril. Ma femme et moi, assis ensemble, fûmes également surpris par cet accident soudain. Je la vis, la moitié du corps dans le bateau rempli d'eau, l'autre moitié dans la Seine. J'avoue que le danger que courait ma pauvre femme me causa une vive émotion. Je lui tendis la main ; rassemblant toutes mes forces physiques et morales, je parvins avec l'aide de Dieu à la soulever assez pour que ceux de la grande barque pussent la saisir... Ils me recueillirent aussi, et nous en avons été quittes pour une petite dépense d'argent ; mais j'ai perdu un livre de psaumes qui m'était précieux, l'ayant donné en cadeau de noces à ma chère femme et m'en étant servi depuis vingt-deux ans. Ma femme, suivant sa coutume, avait commencé à chanter peu après notre embarquement ; nous avions fini le psaume 01 et en étions au 7e verset du 02e lorsque le choc se fit sentir. Le précieux volume tomba de mes mains, ainsi qu'un Nouveau Testament grec que je rattrapai tout mouillé... Je ne pus assister qu'au second service. Sortant la main à ma poche pour en tirer mon psautier, je m'aperçus de la perte que j'avais faite... Ayant dirigé mes regards sur le livre d'un jeune homme placé devant moi, je me joignis au chant