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LE TRAJET DE PARIS A CHARENTON

De même le pasteur Charnier étant allé faire la Cène à Charenton « par un temps fort mauvais, à cause de la neige, glace et vent, » tombe, au retour, sur la route, près de Saint-Antoine-des- Champs : « Je me grevai, dit-il, le pied tellement qu'il me fallut entrer au coche de Madame de Chastillon et tenir chambre tout le lundi et mardi ». » Le duc de la Force, à la même date, écrit à sa femme : « Je pensais aller faire la Cène à Charenton demain avec nos enfants : nous avons été contraints de remettre à l'autre dimanche, comme ont fait la plupart, à cause du verglas, et qu'il fait fort mauvais à aller -. »

Casaubon relate souvent des incidents de ce genre, survenus sur le chemin de Charenton qu'il parcourait, sauf empêchement imprévu, tous les dimanches3. Ce premier hiver qui suivit la construction du temple de Charenton fut particulièrement rigoureux : du 23 décembre à fin janvier 1608 la Seine fut prise ; un curieux tableau de l'école de Porbus * représente « une scène de patineurs devant la tour de Nesle en janvier 1608. » Le pauvre Casaubon en souffrit beaucoup, mais n'en continua pas moins à essayer d'aller à Charenton. En janvier « les excellentes demoiselles Arnauld » emmènent le pieux savant, déjà à moitié gelé et « presque morfondu » dans son cabinet peu ou point chauffé, car il s'était levé de meilleure heure encore que d'habitude pour reviser, avant le départ, un travail sur Polybe : « Nous sortîmes de la ville ; la violence du froid était telle et le vent si glacial et si coupant, qu'il nous devint, aussi bien qu'aux chevaux eux-mêmes, impossible d'avancer. Nous retournâmes donc sans avoir fait notre course, et je fus l'objet de beaucoup d'attentions de la part des aimables personnes qui me conduisaient, lorsqu'elles eurent remarqué à quel point j'étais gelé. Me voici rentré chez moi et je ne puis m'empêcher, ô Eternel, de t'adresser cette prière : Puisses-tu trouver bon que je m'efforce d'établir un jour mon domicile dans un endroit où il y ait une libre profession de notre religion et où les exercices du culte soient moins difficiles 5 ! »

1. Dimanche 23 décembre 1607 ; Journal du voyage de Charnier à Taris, Paris, 1853.

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