‹ L'Église réformée de Paris sous Henri IVChapitre 419 sur 558 · RAPPORTS ENTRE LES DEUX ÉGLISES · texte numérisé non relu

RAPPORTS ENTRE LES DEUX ÉGLISES

D'une part, sept ans après sa promulgation, l'Edit est appliqué officiellement d'une manière stricte, mais assez équitable, en ce qui concerne le temple, les donations, les enterrements, et l'Eglise organise en paix le fonctionnement normal de sa vie intérieure. D'autre part, en même temps, est constitué par le clergé séculier et par les congrégations plus nombreuses et plus hardies un organisme destiné à combattre de toute manière le développement de l'Eglise réformée, très spécialement à Paris.

Avant de narrer les efforts faits pour convertir de notables protestants — Sully par exemple et, par compensation, les abjurations de catholiques, nous avons à rappeler comment à cette époque, dans l'une et l'autre Eglise, à Paris, quelques esprits plus indépendants, réagissant contre le fanatisme et Fétroitesse trop souvent prédominants, rêvaient aux moyens de réunir les deux Eglises, et pour cela proposaient la réunion d'un concile. Nous avons rencontré l'un de ces pionniers, Ch. Perrot, dans la famille même du pasteur S. Durant. Et c'est précisément l'année où s'achevait le temple de Charenton (1607) que ces projets semblent avoir le plus préoccupé l'opinion publique.

Nombre de petits « livrets » paraissent alors, pour et contre. Les libraires en vendent souvent, par exemple, à L'Estoile, un des catholiques favorables à un essai loyal de rapprochement, où chacun des deux partis ferait quelques concessions. En mars il achète un nouveau livre du jésuite Gontier : « La vraie procédure pour terminer le différend de la religion, » mais la déclare franchement « mauvaise pour s'accorder, quand on met tout d'un costé et rien de l'autre. » Deux mois plus tard on lui prête un petit écrit anonyme ] invitant Henri IV à réformer l'Eglise et à réunir les deux religions. Il trouve ce discours « libre et bien fait » mais ajoute avec regret : « Ces belles auctorités et raisons auront lieu en papier seulement, qui est le pis, » et un peu plus tard : « Il y a de part et d'autre des esprits intempérés, opiniâtres et ambitieux, bandés directement contre ce saint œuvre qui est en la main de Dieu 2. »

Parmi les protestants qui, aussitôt après l'Edit de Nantes,

1. Attribué à Ribier, conseiller à la cour (L'Rstoile, Journal, p. 421K

2. L'ESTOILE, Journal, p. 435, 24 septembre 1(507 ; cf. 23 octobre 1607, a propos d'un petit in-16 intitulé : De l'impossibilité cl impertinence du concile.

avaient remis la question sur le tapis, se trouvait le médecin Turquet de Mayerne. Dès 1601 il avait envoyé au Synode de Jargeau un « Advis sur le Synode national que le Roy vouldroit convoquer, » avis « saint et chrestien, procédant d'un cœur vraiment franc, » dit l'Estoile à qui il en montra une copie en 1008 i.

Le plus ardent protagoniste à Paris était, après comme avant la conversion du roi, un autre protestant, le célèbre jurisconsulte et diplomate Jean Hotman de Villiers -. A une étude approfondie de l'histoire de l'Eglise primitive il avait, au cours d'un long séjour en Angleterre, joint la connaissance de cette réforme mitigée qui a prévalu dans l'Eglise anglicane ; il rêvait d'une Eglise gallicane dans laquelle catholiques et protestants se rejoindraient grâce à la « réformation et réunion » de leurs Eglises respectives. C'est un émouvant spectacle de voir à mainte reprise durant plus de trente ans cet homme de grand cœur et de grand sens se remettre à l'œuvre toujours avec une conviction plus profonde que c'est son devoir de chrétien et de Erancais, sans se faire illusion sur les difficultés ni les désagréments d'un pareil rôle.

« Je ne lairrai en toutes occasion de rendre au roi et à l'Eglise gallicane preuve de mon très humble service, fidélité, amour et affection. Je sais, par l'exemple de quelques autres, que quand je serais le plus habile théologien de ce siècle, je ne serais pourtant hors du hasard d'être appelé moïenncur, pacificateur, réconciliateur, appointeur, et brouillon (car aujourd'hui ce sont injures synonymes)... Si ne faut-il pas pourtant s'arrêter en beau chemin : la vérité ne fut jamais sans contredit ; le sentier de l'honneur est plein d'épines, ronces et cailloux ; et le blâme n'est point une assez juste cause pour quitter une bonne entreprise :ï. »

En septembre 1607, Hotman « travaille fort ; » il rassemble livres et documents manuscrits sur « la réformation de l'Eglise et réunion des deux religions ; » il les communique dans l'une et l'autre Eglise à « beaucoup de gens de bien » qui approuvent ses idées ; elles ont même « l'aveu du roi 4. » Le prince qui luisait peu auparavant, avec Sully, de splendides projets pour

Page 1