‹ L'Église réformée de Paris sous Henri IVChapitre 420 sur 558 · PROJETS DE RÉUNION DES ÉGLISES Ô · texte numérisé non relu

PROJETS DE RÉUNION DES ÉGLISES Ô

l'établissement de la paix universelle entre tous les Etats d'Europe, devait être très naturellement favorable à tout projet d'union religieuse capable de cimenter la paix générale entre tous ses sujets. Mais les meilleurs amis d'Hotman, comme L'Estoile, ne se dissimulent pas que cette affaire est « de longue haleine ; » et déjà « ceux qui connaissent l'humeur du roy craignent bien qu'avant qu'elle soit commencée il n'en soit las. »

Pourtant à la fin de cette année 1607 Agrippa d'Aubigné venant faire à Paris (chez le pasteur Du Moulin) un dernier séjour, voici ce qu'il écrit après avoir, à Charenton, un dimanche, longuement causé avec Du Moulin, Durant et quelques autres : « On ne parle par la ville que de l'accord des deux religions *. » Le vieux gentilhomme fut même chargé d'aller trouver le roi, qui le renvoya au cardinal Du Perron. D'Aubigné proposa de « réduire toutes les controverses aux règles observées dans les quatre premiers siècles de l'Eglise. » Le cardinal, ce jour-là, parut favorable, mais ensuite laissa tomber l'affaire, ce qui fâcha le roi... contre d'Aubigné ! Pour punir ce « brouillon » de n'avoir pas mieux réussi dans cette négociation, Henri IV faillit faire mettre son fidèle serviteur à la Bastille. Sully dit même qu'une chambre y fut préparée, mais à la suite d'une visite d'Aubigné au roi, celui-ci, par un de ces revirements complets dont il était coutumier, lui rendit toute son amitié.

L'intérêt du monarque pour cette question dura plusieurs mois. Un des interlocuteurs d'A. d'Aubigné à Charenton nous a conservé le récit naïf et fidèle d'une autre conversation qu'il eut, celle-là, avec le roi lui-même. En s'adressant familièrement ainsi à l'un des personnages les plus en vue de l'Eglise réformée pendant son séjour près de la cour, Henri IV savait bien que ses paroles auraient un grand retentissement dans toute la France. Le pasteur dauphinois D. Charnier, chargé d'une importante négociation, avait passé déjà quatre mois du rude hiver 1607-8 à Fontainebleau et Paris, sans rien obtenir en de brèves audiences peu cordiales, lorsqu'il put enfin, en suivant le roi à Chantilly, obtenir un plus long entretien (12 mars 1008) - :

1. Mémoires, éd. de 1729, p. 112 ; éd. de 1731, p. 156. C'était le 2 décembre, d'après le Journal de Chamieb (B. h. p., 1853, p. 312).

2. Journal publié par M. READ, B. h. p., 1<S.">.'1, p. 439-442,

« Il me dit qu'il voudrait avoir perdu un bras et pouvoir réunir tous ses sujets en une même croyance. Je dis que c'étoit un désir digne de lui, et que tous les gens de bien prieraient Dieu qu'il lui en fît la grâce. A ce propos il dit qu'il falloit qu'un chacun l'y aidât et qu'il avoit envie d'assembler un concile pour cet effet. Je dis que ce seroit la plus grande de toutes ces œuvres... J'osois l'assurer que tous les pasteurs y apporteraient tout ce qui seroit en eux, comme ils avoient fait autrefois au colloque de Poissy. »

Lorsque Charnier va prendre congé du chancelier, ce projet d'un concile est de nouveau discuté, comme étant peut-être assez prochainement réalisahle. Sillery dit qu' « il y avoit beaucoup apporté du sien pour y disposer les affaires » . « Je ne pense pas, repartit le pasteur, que celui-là fût homme de bien, qui ne se joindroit pas à la volonté du roy en cela par ses prières et ses efforts. » Mais s'il compte sur la collaboration des réformés français à une telle entreprise, il prévoit des obstacles « hors du royaume : » plusieurs, « nommément le pape, traverseroient une si bonne envie, comme ils avoient fait au colloque de Poissy. » Le chancelier réplique que « l'état des affaires est autre aujourd'hui. » Des deux c'était malheureusement le pasteur qui avait raison en estimant qu'il y aurait des difficultés très grandes... : si grandes que cette assemblée pour la réunion des Eglises ne fut pas sérieusement préparée. A propos de ces allusions au précédent de Poissy, fréquentes aussi chez Hotman, rendons-nous bien compte qu'il ne s'était pas encore écoulé un siècle depuis le mémorable événement ; des vieillards comme Montigny étaient, alors des jeunes gens d'une vingtaine d'années ; Bèze qui avait, en 1561, joué un rôle si décisif, venait de mourir tout récemment (1605). Charnier pouvait parler du colloque comme nous parlons du concile du Vatican.

Les protestants, d'ailleurs, n'étaient pas tous favorables à un tel dessein autant que voulait bien le dire Charnier : ainsi le duc de Bouillon déclare qu'il faut « empescher ce concile en toutes façons, étant certain qu'il ne peut être tenu qu'avec tromperies ; toutefois il ne faut point le refuser ouvertement et directement, mais indirectement, en demandant des conditions justes et égales auxquelles on ne condescendra jamais i. »

Au bout d'un an, la question a cessé d'être au premier plan :

Page 1