‹ L'Église réformée de Paris sous Henri IVChapitre 43 sur 558 · CAYER AUMÔNIER DE MADAME · texte numérisé non relu

CAYER AUMÔNIER DE MADAME

tard — à Pau, sur les instances du président de Ravignan, il exposait à Madame « les causes et moyens d'être bons catholiques romains sans différence ny division l. »

Cayer vivait en assez bonne intelligence avec certains des pasteurs qui exerçaient leur ministère auprès de Madame : ainsi d'Amours, de Vaux et « le bonhomme M. de la Touche- », c'est-à-dire les plus pacifiques, les moins agressifs contre le catholicisme. Mais il y avait antipathie llagrante entre lui et certains autres, plus combatifs, qui voyaient avec suspicion et scandale, l'indulgence, la bienveillance même de Cayer pour certaines doctrines et pratiques catholiques : ainsi il y eut, même en présence de Madame, à sa propre table, maint échange de questions et réponses peu aimables entre Cayer et Lobéran, qu'il ne désigne dans ses écrits jamais de son vrai nom, mais par un mauvais jeu de mots ; il l'appelle « le pauvre petit Louperrant'! , » nom « indécent, invitant à se méfier de celui qui le porte 4. »

Après la conversion du roi celle de Cayer paraît de plus en plus à craindre. Il avait en l'hôtel de Madame une chambre — dont il conservait la clef encore sept ans après l'avoir quittée 5 — . Ses collègues vinrent l'y trouver, et, dans des conversations privées, essayèrent de prévenir le scandale. Voyant qu'ils ne gagnaient rien ils firent intervenir Madame : « La Fave vous

1. Rcmonstrance, p. 13 : « Par vostre commandement fis un escrit de six

fueilles Je les mis en latin, et fut porté par M. d'Espérien [le pasteur

Hespérien] à Sa Majesté devant la ville de Vendosme Vous me fistes cet

honneur de me dire à Mantes que Madame de la Barre avoit encores cet escrit en ses coffres. Ce fut la contestation que les ministres prétendus eurent avec moy sur ce que, par commandement de Sa Majesté, j'avoye communiqué avec M. du Perron. »

2. '< Je ne compare pas [aux rusés] M. Dominique de Losse, qui nie cognoist bien. Plust à Dieu que M. de Langvillier fut en vie ; il Pauroit redmt à estre bon catholique en moins de rien, car il Paimoit fort, et M. de la Touche luy rendoit bien le respect qui luy appartient » {Remonstrance, p. 4">».

'A. Reinoiistrauce, p. 14, 67, 71, 98, etc.

4. La Tromperie, p. 38 : « Cave a signatis luy peut estre appliqué, faisant comme il fait, soit de nuit soit de jour : conveniuni rébus nomin-i sape suis. » Voici peut-être une autre allusion au même incident nocturne de la vie errante de Lobéran pendant les guerres de religion : < Couet est le patron du petit hibou qui ne demande pas mieux que de sonner ses mastines à minuit à coups de pistole. Nous Pavons bien ouy, voilà pas une belle sonnerie. »

.">. Remonstrance, p. 100 : « Je tiens encore la craye {sic) en ma pochette, d

requit de nie commander que je ne me réunisse point à l'Eglise romaine que ce ne fust tout d'un commun advis et consentement. » On essaya d'une démarche collective. Quinze pasteurs s'assemblèrent « à la Pomme de pin tout devant le Fort l'Evesque ' « et Cayer comparut devant eux. Ils n'en obtinrent rien, qu'une protestation d'approuver « tout ce qui estoit conforme à la parole de Dieu et à la Sainte-Ecriture ; » mais quelle nouveauté qu'une telle réunion dans la ville où naguère pendant bien des mois pas un pasteur, isolément, n'avait pu pénétrer ! La police, avertie, fut sur le point de faire arrêter toute l'assemblée pastorale, mais la « prudence et sage discrétion » du lieutenant Séguier sut « mieux respecter son Altesse (Madame) qui leur avait impetré ce congé -. »

Il était arrivé à Paris avec Madame, et on l'a accusé d'avoir, peu après, communiqué à Robert Estienne un manuscrit immoral destiné au Parlement, et intitulé : « Discours contenant le remède contre les dissolutions publiques 3. » D'autre part l'Eglise de Poitiers avait des griefs contre lui : il en est question dès 1594 au synode national de Montauban, en 1595 au synode de l'Ile de France ; peu de jours après y avoir signé la confession de foi il remet à R. Estienne (cette fois le fait est certain) un traité sur la réunion des Eglises catholique et réformée 4, fruit de négociations avec cet autre ancien protestant qui venait d'être sacré évêque : Du Perron. Enfin Cayer était « grand alquemiste 5 » et s'occupait de siences occultes : « Ses habits, sa forme de vivre et sa curiosité à chercher la pierre philosophale le rendoyent méprisable (i. » On l'appelait, par allusion à ces pratiques, Petrus

1. C'est-à-dire probablement rue Saint-Germain l'Auxerrois ou rue Bertin Poirée dans la partie comprise entre la rue précédente et le quai de la Mégisserie.

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