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LE DUC DE BOUILLON

§ 5. Le duc de Bouillon

A partir de 1606, quand il n'est pas à Sedan, ce haut et puissant seigneur habite paisiblement à Paris son hôtel du faubourg Saint-Germain, tout près de la rue des Marais 1 ; ou bien il accompagne la cour à Fontainebleau, « très content de l'honneur et de la bonne chère qu'il reçoit du roi -, » Il a maintenant un petit garçon dont il s'occupe beaucoup ; bientôt va naître (1611) le second, qui sera le maréchal de Turenne ; il aime la musique et se fait suivre dans ses déplacements par un trio d'artistes : luth, clavecin, viole (« un nommé Pradel, excellent joueur s'il en fut jamais »), que le petit dauphin entend volontiers à l'occasion :i. Après l'intrigue tragique, l'idylle familiale. Le duc consacrera une partie de ses loisirs forcés à écrire ses Mémoires pour l'instruction de ses enfants, et les commence ainsi : « Mon fds, j'ay creu n'avoir pas assez fait pour vous en vous mettant au monde par la bénédiction de Dieu. Il m'a gardé et conservé comme la prunelle de son œil... Ces choses me convient à adjouster trois bénéfices à celuy de la naissance : en premier lieu de vous faire soigneusement instruire en la vraye religion 4. »

Quand il réside à Paris il a de fréquents rapports avec les membres de l'Eglise réformée et assiste au culte tantôt dans son hôtel tantôt au temple de Charenton. En toute chose en effet il entend marquer à sa guise une certaine indépendance et une

1. 12 rue de Seine il subsiste quelques traces de l'Hôtel de Bouillon achevé en 1613, première œuvre qu'on puisse attribuer avec certitude, dans l'agglomération parisienne, à Salomon de Brosse. Nous en avons parlé avec quelque détail dans notre étude sur cet architecte protestant (Paris, Champion, 1911).

2. Lettre de la duchesse de Bouillon à sa sœur Madame de la Trémoïlle, de Sedan, le 8 mai 1606 ; cf. lettre de Fontainebleau, 8 novembre 1607 (Chartrier de Thouars, pièces publiées dans le B. h. p., 1874, p. 212 et 213).

3. Héroard, Journal, I, 392 (le 28 mai 1609, à Fontainebleau).

4. « Mémoires de feu M. le duc de Bouillon à son fils, contenant l'histoire de sa nie, » ms. fr. de l'Arsenal, collection Gonrart in-4", t. XIV, p. 26r> à 441. Cf. Collection des Mémoires relatifs à l'hisl. de Fr., 1823. Le duc commence à rédiger ces Mémoires à l'âge de cinquante-quatre ans et dis mois, c'est-à-dire vers 1609 ; son fil s a quatre ans alors. Cf. Ms. de P Arsenal n" 5415, collection Conrart in-folio, p. 303-559 : Affaires des dues de Bouillon ; — Archives nat. U. 801 : Procès de Henry de la Tour, duc de Bouillon ; — et nos Pièces justificatives, XXI. Testament du 1'. Basile, note.

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certaine solidarité avec les réformés français1. Il s'intéresse toujours vivement à son Académie de Sedan qu'il a fondée en pleines guerres de religion (1573), l'année même où il accueillait entre autres réfugiés, le père de P. du Moulin et toute sa pauvre famille. Cette université où l'on enseigne la théologie, les « arts » et la jurisprudence continue à rendre de bien grands services aux protestants du nord de la France, aux Parisiens notamment, car Sedan est deux fois plus près que Genève.

En matière ecclésiastique comme en matière politique, il voudrait faire prévaloir ses idées personnelles, souvent assez éclectiques. Lui qui plus tard attirera à Sedan (1021) Pierre du Moulin, le fougueux champion de l'orthodoxie calviniste, il protège d'abord des pasteurs d'esprit indépendant qui se déclareront — contre Du Moulin — pour l'arminianisme : tel le Silésien Tileng (Tilenus), qualifié en 1606 « grand maître du collège2, » tel encore François Dor, consacré en 1604 par Tileng à Sedan, et en 1608 pasteur de cette ville'-. C'est lui qui est envoyé par le duc

1. Bourchenin, les Académies protestantes, 1882, p. 464 ; P. de Félice, les Protestants d'autrefois : Education, 1902, p. 284. Une nouvelle édition des règlements paraît en 1608 (Disciplina, seu leges, item distinctio classium et ordo lectionnum scholœ Sedanensis. Sedani excudebat Jacohus Salessus,

1608) ; le duc est jaloux de maintenir d'une part sa qualité de « prince souverain » : Sully enregistre dans ses Mémoires (II, 297) la protestation du procureur général de la chambre des comptes de Paris contre le titre de « seigneur souverain de Sedan » qu'avait pris le duc de Bouillon (11 avril

1609) ; et d'autre part celui-ci tient beaucoup à l'union de son Académie et de son Eglise de Sedan avec les Eglises réformées de France, comme partie intégrante de leur organisme. Précisément pour affirmer en cette circonstance, de même qu'en toute autre les droits spéciaux de son « Etat » il prétend faire accorder à ses pasteurs voix délibérative au synode national: celui-ci persiste à considérer Sedan comme une Eglise quelconque rattachée au synode provincial d'Ile de France et Champagne et ne concède aucune situation privilégiée aux représentants du duc. Le mot Etat se trouve p. ex. en 1611 dans les registres du Consistoire de Sedan, extraits publiés dans le B. h. p., 1869, p. 91.

2. Ainsi dans la « Responce » publiée à Paris (in-8°, 70 p., chez Fr. Jacquin) pour réfuter l'épistre qu'il a mis en lumière soubs le nom de J. Mallortie, par F. Tristan de Ville-Longue, abbé de Bucilly.

3. La bibliothèque de la Soc. hist. prot., dans ses collections d'autographes, possède divers reçus signés par Tileng en 1603 etc., pour frais de déplacement pendant qu'il était professeur à Sedan. C'est sans doute Tileng que le Synodicon de Quick (I, 251) appelle M. du Tilly (1603). Il a consacré une centaine de strophes à chanter sa maison de Sedan (P. Mellon, Revue chrétienne, 1907, p. 213, et novembre-décembre 1910, janvier 1911.)

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