ACADÉMIES ET COLLÈGES
Mais cette éducation quasi-spartiate dans la famille chrétienne se suffirait pas, il fallait y joindre, là et au dehors, une solide instruction.
Les questions d'enseignement étaient encore au premier rang des préoccupations des protestants qui depuis un siècle avaient été si souvent des initiateurs en fait de méthodes scolaires. D'après l'Edit de Nantes (article 37 des particuliers) ils ne pouvaient « tenir escoles puhliques sinon es villes et lieux où l'exercice public de la Religion leur est permis. » Ils se sont aussitôt mis à l'œuvre en organisant l'enseignement secondaire et supérieur : c'est de cette époque que datent les Académies de Montauban (1598), Die (1604), Saumur (1606) i. Avoir aux portes de la capitale sinon une Académie, du moins un collège à Charenton, était un beau rêve, mais ce rêve était irréalisable, caressé par plus d'un savant protestant qui désirait, comme Casaubon, unir la liberté des études à celle de la conscience -, alors, étant donné le monopole de l'Université et l'opposition irréductible de la Sorbonne. On put bien s'en rendre compte en voyant l'insuccès des démarches de Charnier à Paris, précisément à propos du transfert d'un collège de Die à Montélimar (1607-8) 3. La population protestante en résidence à Charenton ne comptant d'abord qu'un très petit nombre de personnes, il n'y eut même pas de « petites écoles » pour l'enseignement primaire dans ces premières années ; ou, s'il y en eut, on peut leur appliquer ce
1. Le 13 octobre 1606 Du Plessis écrit au duc de Bouillon (Mémoires de Mohnay, édition de 1652, t. III, p. 168) : « Hier nous dédiasmes icy nostre Académie qui s'en va fleurir... M. Rivet s'y trouva. » Le 22 février 1607 il demande au Synode national de la Rochelle « qu'on puisse donner plus d'exercice, en ce qui est de la philosophie et de la théologie, aux escoliers qui abordent de toutes parts » (i&., p. 173) ; il n'ose y attirer Casaubon : (ib., ]). 195, 1er janvier 1609) : « Sa Majesté vous ayant retenu près d'elle, nul n'oseroit penser à vous appeler ailleurs. Sans cela j'eusse tenté tout moyen. »
2. Lettre de Casaubon à Du Plessis, 25 octobre 1604 (Mémoires DE MûRNAY, édition Elzévier 1652, t. III, p. 66 : « Plust à Dieu que nos Eglises eussent ou la volonté ou le moyen de dresser en quelque lieu une Académie consacrée à la gloire de Dieu et y voulussent retirer ceux qui désirent y servir. Certes si j'estois jugé capable de pouvoir apporter quelque pierre à ce bastiment, je me resoudrois de tenir mes jours bois des tentes de Cédar ; a ceci est une allusion au psaume CXX, v. 5, exprimant les regrets -lu croyant qui habite au milieu des infidèles (en Arabie».
que Sainte-Beuve dit des petites écoles de Port-Royal : « Elles n'ont lleuri qu'à leur manière et selon leur esprit, c'est-à-dire à l'ombre1. »
Tout ce qu'on put obtenir pour l'Ile de France fut l'établissement d'un collège à Clermont à côté du temple (mai 1009). L'affiche apposée au temple de Charenton portait l'avis suivant : « Il y a un collège establi à Clermont en Beauvoisis, et trois régens, pour enseigner la langue latine, grecque, l'escriture, l'arithmétique, la musique, la rhétorique, la dialectique et logique. Si quelqu'un a désir d'y envoyer enfants, l'Eglise aura soing de les mettre en pension, et le principal et autres personnes auront charge tant de leurs personnes que de leur instruction. Les pensions seront de quarante escus ou de telle autre somme que de raison -. » C'était un système de demi-pension ou de tutorat tel qu'il est actuellement pratiqué dans plusieurs écoles « modernes » (Alsacienne, les Roches, etc.).
Clermont est à une soixantaine de kilomètres au nord de Paris, à vol d'oiseau ; à plus du double se trouve au sud Jargeau où un établissement analogue se fondait la même année 1009 : Sully se faisant allouer par le Synode national une subvention de cinq cents livres par an sur les fonds alloués par le roi, pour établir ce collège à Jargeau, en attendant qu'il ait achevé d'en construire