NOUVELLE EFFERVESCENCE EN
même auteur, l'Idolâtrie hiujuenote, était dédié « au Roi très chrétien i. »
Le zèle n'était pas moindre du côté protestant. Le jour de Pâques 1610 il y eut à Charenton « une merveilleusement belle assemblée. » Le duc de la Force, qui était là pour « faire la Cène, » retourne encore le lendemain au prêche, pour un service d'actions de grâces, sans doute. Le soir, le roi, qui était « allé courre le cerf, » revient aux Tuileries, fait appeler le duc et se promène avec lui plus d'une heure -\
La princesse d'Orange ayant dû, à son vif regret, retarder son voyage accoutumé dans son pays natal, n'avait pu arriver à temps pour communier avec les membres de sa famille, mais quelques jours plus tard elle venait loger au faubourg Saint-Germain « dans un quartier de la maison de M. de Bouillon » où se trouvait déjà sa belle-fille la duchesse de la Trémoïlle3. Seize ans auparavant, rencontrant au Louvre la duchesse de Montpensier dont nous rappelions naguère la présence à Paris en 1609 — ■ Louise de Coligny était immédiatement sortie de la chambre de Catherine de Bourbon en disant tout haut « qu'il ne lui était pas possible de voir de bon œil pas un de ceux ou de celles qui avoient été cause de la mort du feu roi (Henri III), parce qu'elle éloit Française et aimait les Français L » Elle allait être témoin d'une catastrophe semblable provoquée par les mêmes adversaires.
A la veille d'un événement qui pouvait remettre en question, comme au temps de la Ligue, l'existence même de l'Eglise de Paris, chacun y vaquait à ses occupations coutumières. Les gens de province viennent paisiblement pour leurs affaires : ainsi Paul Chénevix, marchand drapier qui a épousé une Gobelin "• reçoit en mars 1610 la visite d'un Lorrain, Jacques Ferry, « gouverneur
fleurons, mais avec même pagination. L'auteur se propose d'établir que ■■ la prétendue religion est un temple général et un Panthéon à tous dieux, auquel toutes sortes d'hérésies et idoles spirituelles sont nichées et adorées, » etc.
1. Le pasteur Bancilhon (Bansilion) y avait répondu par l'Idolâtrie papislujue, Genève, Paul Marceau, 1608.
2. Lettre du duc de la Force à sa femme, 12 avril 1610, dans ses Mémoires,
;. il, p. 261.
,'1. Lettre de Louise de Coligny du 6 avril 1610 (H. h. p., 1871, p. 593). L Journal de I'Estoile, 18 septembre 1594.
5. Voir parmi nos Pièces justificatives, VII, son contrai de mariage en
du grand hôpital » de Metz, qui le charge de faire passer certaines sommes à son iils Pierre, jeune pasteur de la Saintonge *. Les pasteurs continuent à prêcher force sermons et à en publier quelques-uns : ainsi Du Moulin fait imprimer à la demande de la maréchale de Fervaques « Théophile, traite de l'amour divin, contenant cinq degrez, cinq marques, cinq aides de l'amour de Dieu - » et les envoie, entre autres, à la fin de f 009, à la duchesse de la Trémoïlle 3.
Cependant, de plus en plus, le bruit courait à Paris que les Espagnols voulaient faire tuer le roi. Sully en est informé à l'Arsenal par un ami, lequel a lui-même reçu cet avis de la fille adoptive de Montaigne, Mademoiselle de Gournay. Mais le roi ne tient pas compte des avertissements.
Un curieux incident se passe alors à Paris. Sully avait reçu un autre avis - celui-ci émanant de Du Plessis-Mornay — . Il y était question d'un livre trouvé avec des signatures de sang, à ia Flèche, près de la porte Saint-Germain (et près d'un collège de jésuites). Il y a des préparatifs d'assassinat, comme à la veille de la Saint-Barthélémy. Où cherche-t-on les conjurés ? du côté du faubourg parisien où l'on pourrait, à l'improviste, surprendre et massacrer un bon nombre de protestants à la fois : « M. de Sully, dit un annotateur du XVIIe siècle, fit visiter les environs de la porte Saint-Germain de Paris, en lieu de celle de la Flèche*. »
1. Bibl. soc. hist. prot., lettre autographe de Chenevix, le 5 mars 1610, <• à M. Ferry, M. D. S. E. en l'Eglise de Toné-Charente » : « Votre père arryva hier en ceste ville, lequel m'apporta la somme de cent-vingt-deux livres pour vous faire tenir pour le sr Jean Lespingeol, » etc.
2. La Rochelle, 1609, un vol., in-12, dédié « A haute et puissante dame Anne d'Allègre, » etc. ; de son premier mariage avec Guy de Chatillon elle avait eu le comte de Laval mort en 1605 apostat (voir ci-dessus p. 200). " N'estant point apprentifve aux afflictions, lui écrit Du Moulin, vous avez soigneusement recherché les lenitifs que la Parole de Dieu nous fournit. Cette sobriété et honnesteté qui reluit en vous et vous a du tout esloigné de la vanité qui règne aujourd'hui au monde vous a appris à vous entretenir avec Dieu... Il vous a donné d'estre en vostre famille seule exemple d'une constante et saincte persévérance en la profession de sa vérité. » Elle resta bonne protestante (malgré certaines étrangetés) jusqu'à sa fin où elle fut assistée par Du Moulin (Fr. prot., I, 129).
3. Lettre de Du Moulin à la duchesse de la Trémoïlle (déc. 1609), chartrier de Thouars (B. h. p., 1859, p. 136).
4. Lettre du 30 octobre 1609. Mémoires de Mornay, édition de 1652, t. I, j) 207, note.