Voir ci-dessus, 3e partie, ch, III, s 3, p
de l'autorité des rois ou de celle du pape se posait d'une façon aiguë, et les jurisconsultes reformés se joignaient aux défenseurs des libertés nationales, anglicanes ou gallicanes. En prenant cette attitude à Paris - le point est intéressant à noter — les parlementaires protestants se conformaient aux traditions parlementaires autant qu'aux traditions protestantes ; ils se sentaient en communion d'esprit avec un grand nombre de leurs collègues catholiques (au point de vue politique), aussi bien qu'avec leurs coreligionnaires (au point de vue religieux).
Pour la France, dans les années 1609 et 1610, la paix intérieure et extérieure recommença à être sérieusement menacée. A propos des affaires de Clèves et de Juliers le roi, malgré les avis contraires du père Coton, conclut un traité avec les princes protestants (février 1610) : trois généraux sont désignés pour entrer en Allemagne, en Espagne et en Italie, et ce sont trois protestants qu'on a pu voir ensemble à Charenton : Sully, Lesdiguières et La Force. Cependant, encouragés par le pouvoir croissant d'une reine bigote, les moines reprenaient dans Paris une grande influence. Le plus illustre des capucins, un membre de la famille de Guise, le P. Ange de Joyeuse, étant mort en Italie en 1608, sa fille la duchesse de Montpensier fit ramener en grande pompe le corps jusqu'à Paris, et une longue procession alla le 21 juin 160t) l'attendre à une lieue de la porte Saint-Marcel ; en traversant d'abord tout ce faubourg habité par de nombreux protestants, on accompagna le cercueil jusqu'au couvent de la rue Saint-Honoré où eut lieu l'inhumation1. Cela rappelait les spectacles qu'on avait vu au temps de la Ligue. De leur côté les jésuites recommandaient « deux espèces de dévotion, l'une affectée, pour les dames, l'autre grossière, pour le vulgaire ; » et certains catholiques rendus plus difficiles par leurs rapports fréquents avec des protestants, tenaient ces gens « confits en cérémonies » pour « vrais ennemis de la religion -. » Après avoir acheté un nouveau traité de controverse (du P. Richeomme, provincial des Jésuites) intitulé : « le Panthéon huguenot, » l'Estoile estimait que « c'est vent pour exciter les tempestes, desquelles nous ne sommes que trop menacés sans cela-. » Un précédent pamphlet du
1. Histoire des Capucins, mss. fr. de la Bibl. nat., 25044, fol. 161.