POURTRAIT DE LA VRAYE RELIGION
i. Mais qui es-tu (dy moy), qui vas si mal vestue, N'ayant pour tout habit qu'une robbe rompue ? — ,1e suis religion (et n'en sois plus en peine), Du Père souverain la fille souveraine. — Pourquoy t'habilles-tu de si povre vesture ? — .le mesprise les biens, et la riche parure. — Quel est ce livre là que tu tiens en ta main ? — La souveraine Loy du Père souverain. — Pourquoi aucunement n'est couverte au dehors La poitrine aussi bien que le reste du corps ? — Cela nie sied fort bien, à moi qui ay le cœur Ennemi de finesse, et ami de rondeur. — Sur le bout d'une croix pourquoy t'appuyes-tu ? — C'est la croix qui me donne et repos et vertu. — Pour quelle cause as-tu deux ailes au costé ? — Je fais voler les gens justmes au ciel voûté. — Pourquoi tant de rayons environnent ta face ? — Hors de l'esprit humain les ténèbres je chasse. » 5. Le duc d'Aumale ne craignait pas de dire, à propos de la France entière : « Je considère que, du .jour où les réformés avaient renoncé à former un corps politique, ils étaient devenus un élément essentiel de la nation » (Lettre au général de Chabaud-Latour, Correspondant du 25 septembre 1897).
Quatre pasteurs suffisent à peine pour une communauté très homogène et pourtant recrutant ses membres, parmi les meilleurs, dans toutes les catégories de la nation. Au legs Portail, seule ressource subsistant après la Ligue, se sont joints des biens meubles et immeubles en quantité assez considérable pour assurer les frais du culte et le soin des pauvres. Un cimetière plus grand a été acquis ; deux temples successivement ont été construits. La Discipline y est appliquée et acceptée avec un ordre remarquable, la doctrine y est prêchée sans aucune atténuation : doctrine très ferme au point de vue religieux et moral comme au point de vue politique et social. La devise de l'Eglise de Paris aurait pu être aussi celle qu'on lisait parfois autour de l'emblème de « la vraie religion : » Pro Christo et rege *.
En effet le roi — Henri IV d'abord et surtout, mais aussi chacun de ses successeurs — le roi n'eut jamais de sujets plus dévoués que les protestants, et tout particulièrement les protestants parisiens. « Si nostre religion, disait Du Moulin, estoit receue et creue par les peuples et par les rois, la grandeur des rois croistroit de plus de moitié : car (allusion aux doctrines des jésuites et au meurtre d'Henri IV) nul ne se vanteroit de pouvoir déposer les rois et mettre la main sur leur vie -. »
Et la France n'eut jamais d'enfants plus respectueusement et passionnément attachés. Les Plaintes qui ont immédiatement précédé et peut-être hâté l'élaboration de l'Edit ont, avec une mâle éloquence, exprimé les sentiments des réformés 3 : « Ce sont subjets d'un mesme roy, membres d'un mesme Estât, et membres ({lie la nécessité vous a fait recognoistre membres utiles, membres nécessaires. Ce sont ceux qui, tous les jours, hantent avec vous, presque sous les mesmes toits, avec lesquels vous devise :, vous mangez et buvez souvent, entre lesquels vous avez combien de parents, combien d'alliés ? François, qui ne vous demandent que paix, que repos... Nostre France produit encore aujourd'hui de vrais François comme jadis. Elle nous a produits, et voicy pour sa descharge : que jamais les excès ne s'y virent que depuis ces misérables guerres, c'est à dire depuis que l'Espagnol a tan! espagnolizé nos citoyens. Grand honneur pour nous, que nous ne puissions estre bais que de ceux qui ont effacé de leur cœur ceste
1. Kt non Pro Christo el Grege comme certains auteurs catholiques l'onl dit ; et l'on s'étonne de voir E. Benoît confirmer cette erreur.
2. Sixième sermon de la // Décade, édition de Genève, 1653, t. 11. |>. 142.