C : Guiton
Bibliothèque nationale, ms. fr. 23.063, fol. 95 v" à 97 (recueil intitulé : Jardin de Plaisance, etc)
« L'heureux retour du père Basile au giron de l'Eglise romaine et en son ordre des Capucins ainsi qu'il se void par les deux pièces suivantes l'an 1648. »
Le Testament du Père Basile Capucin
Je soubz signé pécheur très misérable, sain d'entendement quoique très malade de corps, poussé de ma seule conscience, proteste en la présence de Dieu, de la très saincte toujours vierge Marie, de St François, et de tous les Saincts et Sainctes de Paradis, en la sincérité de mon cœur, contrit et humilié par la divine miséricorde, que je ne suis sorty de la Sainte église catholique, apostolique et romaine et du saint ordre des Capucins que par l'instigation du diable et de ma dépravée concupiscence, et que je ne me suis rangé du côté des hérétiques calvinistes qu'à raison que je m'estois facilement persuadé que j'y jouirois plus librement des désirs effrenez de mes pernicieuses convoitises i.
Je déclare et confesse hautement que l'Eglise romaine est la seule
1. Or, à Sedan, où le P. Basile paraît être venu vers 1634 (voir la note à la fin de cette pièce), les autorités civiles et ecclésiastiques s'étaient précisément entendues pour renforcer encore les précautions de la discipline sur ce point : « A esté arresté, sous le bon plaisir de MM. nos Magistrats, que tous prestres et moynes qui se viendront rendre icy, ne pourront estre receus en Testât de mariage qu'ils n'ayent esté un an icy i><>ur congnoistre de leur une et mœurs » (Registres du consistoire, 17 octobre 1609, cités par M. P. de Félice, Protestants d'autrefois; les Temples, 2« éd., 1897. p. 241). En 1625, ie même cpnsistoire n'avait pas voulu recevoir l'abjuration d'un cordelier nommé Barth. de la Huelle, « d'autant qu'il n'a pu dire les raisons qui l'ont mû à quitter la papauté, synon la mauvaise vie des moines » (ibid., p. 235),
et vraie église de Dieu hors laquelle personne ne peut estre sauvé, et que j'adhérerai constamment toute ma vie, moyennant la grâce de Dieu, à sa seule doctrine.
Je déteste les doctrines condamnées par lad. Eglise et embrasse comme vray et orthodoxe tout ce qu'elle propose pour estre creu.
Je révoque en gênerai et en particulier comme très faux tout ce que contre ma conscience j'ay soustenu ou impugné tant en dispute publique en l'Académie de Sedan durant deux ans que ce que j'ay presché pendant cinq ans dans les temples des hérétiques, ou dit, ou enseigné, ou advoué en conférences particulières contre la S*e Eglise cath. apostolique et romaine et sa saincte doctrine qui est infailliblement véritable. Je n'aurois jamais accepté la charge de ministre si j'avois pu vaquer à quelque autre honneste condition.
Je proteste de révoquer et condamner entièrement les livres intitulez Réponse à Veron etc. — Réplique à la réponse de Veron, etc. — Le menteur confondu, etc. — Justification du sT François Clouët, etc, et tous autres que j'ai faict imprimer depuis mon Apostasie jusqu'à présent, comme contenans plusieurs choses contre la vérité et escrites par railleries contre led. sr Veron i.
Je jure sainctement que je suis en pleine délibération de retourner
1. Le premier en date des ouvrages que cite la France prot. (t. IV, col. 479) est la Déclaration du sieur F. Clouet, cydevant appelé Père Bazile de Rouen, prédicateur capucin, et missionnaire du pape, où il déduit les raisons qu'il a eues de se séparer de l'Eglise romaine pour se reiujer à la réformée, Sedan ; .T. Jannon, 1639, in-8 (et non in-12 comme le dit la Fr. pr.) ; d'autres éditions ont paru à Genève (1640) et à la Haye (1641) ; il y a eu aussi des traductions en hollandais (1640) et en allemand (1646).
A la suite du Capucin de P. du Moulin (Sedan, Pierre Jannon, 1641), on trouve, de notre auteur, un Journal des capucins, avec une addition de plusieurs pratiques secretles de leur ordre.
Le Menteur confondu ou Véron atteint et convaincu par le public de mensonges, impostures, malices noires et production de faux tesmoins a été imprimé à Sedan par Jean Jannon en 1639 (47 p. in-8), ainsi qu'une autre plaquette de 24 p. : Réplique à la liesponse de Véron au Menteur confondu.
en mon ordre des Capucins et d'y faire pénitence pour nies péchez s'il plaist a Dieu nie prolonger ma vie et de retracter (s'il est jugé expédient) par d'autres livres tout ce que j'ay écrit ou qui a esté publié sous mon nom par autruy contre la Sl(1 Eglise rom. ou contre l'Ordre des Capucins.
Je jure d'estrc prest de faire tout ce qui peut être exigé d'un vray pénitent soit par l'Eglise romaine soit par l'ordre des pères Capucins tant pour mon propre amendement que pour la réparation des grands scandales que j'ay donnez.
Je conjure et adjure de toute ma force tous ceux qui ont pu estre séduits ou par mon mauvais exemple ou par ma méchante doctrine de retourner en la voie de salut et ayant quitté l'Eglise des Malings et la Synagogue de sathan, de suivre de toute leur force la croyance de l'Eglise romaine, seule maistresse de vérité et guide asseurée de salut.
En outre je supplie tous ceux qui auroient quelques uns des livres composez par moy ou par d'autres en mon nom, de les jetter au feu de peur qu'eux mesmes ne soient jettez au feu éternel.
Je promets très fermement à Dieu mon créateur d'exécuter fidèlement (s'il daigne me redonner ma première santé) tout ce qui est contenu en ce présent écrit.
Estant chose équitable pour obvier à l'imprudence et simplicité des fidèles de découvrir les fraudes des imposteurs qui soubs un semblant de vertu cachent des âmes très méchantes et sont semblables aux sepulchres blanchis, je proteste avoir veu plusieurs apostats de diverses conditions, ecclésiastique et monastique qui m'ont fréquenté à Sedan et en Hollande où l'un d'iceux est mesme de présent ministre françois entre les Calvinistes et demeure à Voorburcb, mais à peina en ay je veu un seul jusques icy qui ne m'ait fait cognoistre manifestement que la seule cbarnalité l'a fait sortir de l'Eglise Romaine , et particulièrement ce dernier nommé François Cupif • que je prie, et
1. Docteur de Sorbonne devenu protestant en 16.T7 (Fr. prot, IV, col. 978).
fous les autres, par les entrailles de la miséricorde de nostre Dieu, de rentrer en eux mesines et de penser qu'il faut mourir et comparoistre devant un juge très severe.
Et pour ce qu'il est juste de révéler les principes admirables de la justice et miséricorde divine et de rendre à la Mère de Dieu la gloire que je ressens en mon cœur luy devoir, je confesse que je ne peux découvrir autre source de tous les maux qui me sont survenus jusques icy sinon (après l'offence de Dieu), d'avoir négligé la dévotion envers la bienheureuse vierge et mère Marie à laquelle j'attribue (après Dieu) que plusieurs Apostats estans morts sans faire pénitence j'ay obtenu cette grande miséricorde ; car pendant presque tout le temps de ma perversité, lors mesme que j'estois plus abysmé dans les péchez, je luy ay offert tous les jours certaines prières pour ne sortir pas de ce monde en impenitence finale.
[Fol. 97]. « Extraict d'une lettre escrite par un seigneur de Hollande a Madame la duchesse de Bouillon sur la réduction et grande pénitence du p. Basile » i.
« Je parle d'un certain capucin natif de Rouen nommé jadis père
Basile qui m'a dit avoir disputé en vostre présence à Sedan, après son Apostasie et depuis fait ministre a presché longtemps en Hollande ; depuis peu il est retourné au giron de l'Eglise mais avec telle repentante qu'il fait pleurer ceux qui le voyent. Il n'y a que 4 ou 5 jours qu'il a esté icy et mon carrosse l'a mené à Masseic où il a pris l'habit de capucin, etc. De Boxme - le 3" février 1048. »
1. Eléonore de Berghes, catholique, avait épousé en 1634 Frédéric-Maurice de la Tour d'Auvergne, duc de Bouillon, né à Sedan en 1605 (frère aîné de Turenne) ; elle avait obtenu en 1636 l'abjuration de son mari, bien que celui-ci eût en 1634 déclaré au consistoire de Sedan « le marrissement qu'il avait en son cœur de s'être marié en la religion romaine » et promis « de travailler à ce que ce mariage ne porte aucun préjudice ni diminution à l'Eglise que Dieu a recueillie en son Etat » (Registres du Consistoire de Sedan, extraits publiés dans le B. h. p., 1889. p. 94).