ÉTABLISSEMENT DU CULTE A ABLON
« Henry, par la grâce de Dieu Roy de France et de Navarre, à nostre amé et féal le Prévost de nostre bonne Ville, Prévosté et Vicomte de Paris et Ile de France, Salut.
« Nous avons fait voir en nostre Conseil l'Ordonnance des Commissaires députés pour l'exécution de nos Edits de Pacification, par laquelle ils ont donné à ceux de la Religion Prétendue Réformée résidens en la Ville, Prévosté et Vicomte de Paris le village d'Ablon, proche la rivière de Seine, du costé de Villeneuve-le-Roy, pour y faire l'exercice public de leur Religion comme en lieu de bailliage, de la distance duquel village à nostre ville de Paris estant bien informés, et que la Haute Justice d'iceluy nous appartient. A ces causes, pour faire exécuter et garder ce que par eux a esté fait et ordonné, en procédant à l'exécution dudit Edit, Nous, de l'avis de nostre Conseil, etc., nous avons commis et député, etc., pour mettre et établir par effet l'exercice de ladite Religion Prétendue Reformée audit village d'Ablon, comme en lieu de bailliage accordé par l'Edit, à la première réquisition qui vous en sera faite par le Substitut de notre Procureur général ou par ceux de ladite Religion. Car tel est nostre plaisir. Donné à Fontainebleau, le quatorzième jour d'octobre, l'an 1599, et de nostre règne le onzième. »
Henry.
Or le chapitre de Notre-Dame de Paris était seigneur d'Ablon. Il fit opposition, pour conserver ses droits. Mais les lettres patentes n'en furent pas moins publiées à Ablon même quatre semaines après, le 12 novembre, par un huissier à cheval, en vertu d'une ordonnance du Prévôt de Paris 1.
§ 2. Les lieux de culte
Ablon n'était alors qu'un hameau d'une trentaine de feux. Du petit « château » on reconnaît aujourd'hui encore la tourelle, dite « du bonhomme d'Ablon », au bord de la Seine, au
1. Arch. nat. S. 656, lre liasse. n° 38 . Inventaire de Mons et Ablon appartenant à MM. du Chapitre de Paris, fol. 171 verso : « Publication faite à Ablon sur Seine le 12"1 novembre 1599 par ordonnance du Prévost de Paris. des lettres patentes du Roy Henry IV pour Pestablissement du Presche pour ceux de la Religion P. R. auxquels ledit lieu et village d'Ablon avoit esté donné pour l'exercice de ladite Religion comme dépendant de la haute justice que le Roy y avoit. [Signé :] Logerot, huissier à cheval au Chastelei de Paris » (B. h. />., 1891, p. 349, n. 1). L'ordonnance des commissaires exécuteurs de l'Edit relative aux enterrements est du 26 oct. 1599. Voir ci-après arrêt du Conseil d'Etat de 1609.
102 l'église réformée DE PARIS SOIS HENRI IV
coin du chemin d'Ablon à Choisy dénommé maintenant « rue du Bac. » De l'autre côté du château, sur une ruelle parallèle au fleuve, se trouvaient les maisons des cultivateurs ; les jardins, les champs, les vignes alors nombreuses, avec leurs pressoirs, s'allongeaienl sur le flanc de la colline.
A l'angle d'une autre ruelle perpendiculaire est figuré sur un plan (de 1604) le temple et sur un autre plan (de 1693) « le lieu où fut autrefois le presche 1. » A droite de la rue Geuffron (appelée encore en 1725 ruelle du Temple), en venant du fleuve, exactement au-dessus du barrage moderne, on voit dans la pro- ]>i iété Moisset une cave qui était peut-être celle de l'ancien temple ou d'une maison adjacente, et un gros tilleul qui fut, d'après une tradition locale, planté à la place du temple -.
Sur le quai Magne, à droite et à gauche de la rue Geuffron, deux maisons (l'une ornée d'un buste de Sully) revendiquent l'honneur d'occuper la place de sa demeure. Le quai de la Baronie, d'autre part, conserve le souvenir du baron de Rosny dont le parc aurait correspondu à la propriété actuelle de M. Bivière 3. Près du « château » (qui n'était pas celui de Sully), à l'angle opposé du chemin de Choisy, se trouvaient au xvn° siècle une petite chapelle, et l'auberge de VEcu. Là venait s'amarrer à la berge le coehe d'eau ou corbillard, seul moyen de transport à peu près régulier entre Paris et Corbeil, ville d'où l'on amenait alors et d'où l'on amène encore la farine par bateaux jusqu'au port Saint-Bernard devant la Tournelle 4. C'est par ce coche que les protestants vinrent souvent à Ablon.
1. Arch. mit. M (Seine-et-Oise) 31, 32. 45. N3 1. 36, 37, 180 ; S. 334 A et B. S. 338, saisie de la Seigneurie de Mons (,1685). Dans l'ouvrage de M. l'abbé Bonnin sur Ablon, in fine, sur le papillon reproduisant le plan de 1604, le mot temple a été inscrit par erreur à l'angle du chemin de Choisy (cf. B. h. p., 1891, p. 352) ; nous avons donné dans le B. h. p., 1901, p. 289 et reproduisons p. 107 un croquis plus exact de l'état actuel des lieux.
2. (/est près de là cpi'on a découvert, en démolissant une vieille masure (1883i. des pièces d'argent aux effigies de Charles IX, Henri III et Charles X (le cardinal de Bourbon, 1591) ; elles provenaient peut-être de quelque collecte faite au commencement du xvnc siècle.
3. Ablon ne figure pas sur l'inventaire des terres acquises par Sully (Mémoires, collection Michaud, II, p. 92).
4. Dès 1572 Charlotte Arbaleste parle du corbillard (Mém. de Mme du J'Iessis-Mornai), éd. de Witt, t. I, p. 65"). Littré, Dict., v° Corbillard, cite un