ÉTABLISSEMENT DU CULTE A ABLON
Avec quels sentiments de joie, c'est ce qui ressort naïvement d'une petite poésie, intitulée les Louanges d'Ablon : cinquante et un distiques, dont nous citerons quelques-uns, pour leur couleur locale 1 :
Ablon, petit hameau que ce bel œil du inonde Voit sur le bord de l'eau près la Seine profonde...
Hameau délicieux où mon âme ravie
Mange le Man ^ des cieux et boit l'Eau de Vie
Dessous tes petits toits, dans les vignes et roches Loin des peuples et rois, et du bruit de leurs cloches...
Heureux deux et trois fois, Ablon, que tu es noble D'ouyr de Christ la voix en ton petit vignoble !
Heureux, dis-je, ô Ablon, d'ouyr en tes chaumettes Sur ton doré sablon, le Prince des Prophètes...
Nous avons eu la bonne fortune de retrouver dans les vieux registres du minutier d'une étude parisienne plusieurs pièces inédites donnant d'intéressants détails sur les maisons ayant servi au culte, et leur aménagement. Ces documents jettent quelque lumière sur divers points jusqu'à présent obscurs. Ainsi P. du Moulin, dans son autobiographie, disait 3 : « L'an 1601 le lieu de l'exercice fut approché d'une lieue et mis à Ablon, à quatre lieues de Paris 4. » On a passé outre, croyant voir là une erreur complète. Mais, à examiner les choses de plus près, il semble que si le lieu d'exercice fut approché en effet dès 1599, l'année 1601 fut bien celle de l'établissement d'un temple proprepian de l'île Saint-Louis gravé vers 1618 par Iswelinc où figure le corbillac. D'après l'abbé Bonnin (Op. cit., p. 90) « dans une épidémie survenue à Paris dans le cours du xvic siècle, le coche de Corbeil fut employé au transport des morts, à Paris, et depuis ce temps son nom fut donné à nos chars funèbres. » En tout cas le corbeillard (comme écrit Richelet) servit maintes fois à transporter les cercueils des protestants de Paris aux cimetières d'Ablon puis de Charenton.
1. Les 6 pages in-8° découvertes par M. Read ont été publiées par lui ;';i e.vtenso dans le B. h. p., 1891, p. 353.